ÉCONOMIE

Souveraineté alimentaire : Washington Oblige Libreville À Manger Du Poulet Venu D’ailleurs

C’est une bataille de souveraineté qui vire au bras de fer diplomatique. Libreville veut manger gabonais. Washington ne l’entend pas de cette oreille.

L’histoire avait pourtant commencé comme un acte fort de souveraineté alimentaire. Annoncée le 30 mai 2025 par le Président Brice Clotaire Oligui Nguema, la mesure est claire : à partir du 1er janvier 2027, plus un seul poulet de chair importé ne posera une aile sur le sol gabonais. L’objectif est assumé, produire local, réduire une dépendance devenue insoutenable et créer des emplois dans les zones rurales.

Sur le papier, les chiffres justifient l’urgence. Le Gabon importe en moyenne 74 000 tonnes de poulet par an entre 2020 et 2024 contre à peine 4 150 tonnes de production locale. La facture a atteint 104 millions de dollars en 2024 seulement. Pour inverser la tendance, le gouvernement a lancé un plan ambitieux avec recensement des élevages, financements via la Banque pour le Commerce et l’Entrepreneuriat, projet de 85 000 poulets par semaine avec la SGPA et une mission d’inspiration au Sénégal qui, lui, interdit le poulet importé depuis 2005.

Mais c’est à Genève que l’affaire s’est compliquée. Les États-Unis sont montés au créneau devant l’Organisation mondiale du commerce. Washington a formellement interpellé le Gabon, estimant que cette interdiction pure et simple viole les règles fondamentales du commerce international qui prohibent les restrictions unilatérales à l’importation.

La contestation américaine a été prise très au sérieux. Elle a été inscrite à l’ordre du jour du Conseil des ministres du 18 septembre 2026 tenu à Port-Gentil sous la présidence du Chef de l’État. Le message est passé : le risque d’un litige majeur est réel.

Libreville ne compte pas reculer mais revoit sa stratégie. Hors de question d’entrer dans une bataille juridique frontale et périlleuse à l’OMC. La nouvelle ligne de défense est double. D’un côté, la diplomatie gabonaise va s’appuyer sur les mécanismes d’exception prévus par les traités pour justifier une mesure de protection de sa filière naissante et de sécurité alimentaire. De l’autre, elle privilégie le dialogue direct et bilatéral avec Washington pour désamorcer la crise.

Un contexte rend la partie encore plus délicate pour le Gabon. Sa voix est fragilisée à Genève même. Avec près de 164 millions de francs CFA d’arriérés de cotisations, la mission Gabonaise subit des restrictions d’accès aux documents et aux espaces de négociation au moment précis où elle doit défendre son dossier le plus sensible.

L’enjeu est désormais clair : comment imposer le Made in Gabon sans se mettre à dos le gendarme du commerce mondial ?

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