Affaire des 1 700 milliards de FCFA : Six anciens cadres de Libertis montent au créneau et exigent « les faits, les décisions et les preuves »
S’estimant injustement indexés dans le sillage de la vaste affaire financière dite des 1 700 milliards de FCFA, six anciens cadres de la société de téléphonie mobile Libertis viennent de briser le silence. À travers une déclaration de presse conjointe datée du samedi 19 septembre 2026, Noël Borobo Epembia, Fulbert Andjaï, Henri André Ogouamba, Jean-Pierre Nkori, Léopold Marius Ossiyi et Émile Wani ont tenu à rétablir la vérité sur leur rôle historique dans le dossier sensible de la privatisation de Gabon Télécom et de Libertis, interpellant directement l’opinion publique et les médias sur le respect de la déontologie.
Au cœur de leur démarche se trouve une publication parue le 14 septembre 2026 dans les colonnes du journal Le Grand Reporter, intitulée « Affaire des 1 700 milliards de FCFA : La liste des 61 personnalités indexées », dans laquelle les noms des six signataires apparaissent. Cette parution a provoqué une confusion préjudiciable entre une démarche citoyenne menée en 2007 et une quelconque implication délictuelle.
Pour comprendre la genèse de cette affaire, il faut remonter près de deux décennies en arrière. À l’époque de la privatisation de Gabon Télécom et de Libertis, ces six cadres n’étaient en aucun cas des gestionnaires indélicats de deniers publics, mais bien des acteurs soucieux de la transparence institutionnelle. Ils rappellent qu’en 2007, alors qu’ils étaient cadres de Libertis, ils ont effectivement saisi plusieurs institutions de la République afin de faire examiner les conditions dans lesquelles cette opération avait été conduite.
Le Recueil officiel des décisions et avis des juridictions financières atteste d’ailleurs de leur action. Leur courrier, daté du 16 avril 2007, avait été enregistré par la Cour des comptes le 23 avril 2007 sous le numéro 001402, dans le cadre d’une demande de déclaration de non-conformité des actes de privatisation. Cependant, le verdict rendu le 6 août 2007 par la Cour des comptes à travers la décision numéro 08/06-07/CC/GC 2 avait mis un terme à cette requête sur un plan purement procédural. La juridiction financière s’était déclarée incompétente pour apprécier la constitutionnalité d’actes réglementaires ou conventionnels, rejetant ainsi la requête pour cause d’incompétence.
Insistant sur la gravité des amalgames, les signataires rappellent une distinction fondamentale que nul ne devrait ignorer dans le traitement de l’information : être requérant dans une procédure visant à contester des actes de privatisation ne signifie en rien être condamné pour détournement de deniers publics. La décision du 6 août 2007 ne constitue en aucun cas une condamnation des six hommes pour détournement de fonds publics, et elle ne statue pas davantage sur le fond des arguments qu’ils entendaient soumettre à l’époque. Associer leur nom à un scandale financier de grande ampleur sur la seule base d’un recours administratif passé relève d’une manipulation ou d’un manque criant de rigueur.
Face à ce qu’ils qualifient d’atteinte à leur honneur et à leur réputation, Noël Borobo Epembia et ses co-signataires exigent des faits précis. Si la publication du 14 septembre 2026 entend établir un lien entre leurs personnes et l’affaire des 1 700 milliards de FCFA, ils demandent simplement que soient rendus publics les éléments précis fondant cette association, notamment la décision de justice exacte les concernant personnellement, son numéro et sa date, la juridiction l’ayant rendue, les faits précis qui leur seraient reprochés, le montant exact éventuellement imputé à chacun, ainsi que la nature exacte de toute condamnation ou mise en débet. Une simple référence à une décision où ils apparaissent comme requérants ne saurait être présentée comme la preuve d’une condamnation ou d’une implication personnelle dans un détournement de deniers publics.
En s’adressant aux médias, influenceurs, pages et utilisateurs des réseaux sociaux ayant repris ou pourraient reprendre cette information, les six personnalités appellent à faire preuve de la plus grande rigueur, rappelé qu’lorsqu’une information porte atteinte à l’honneur et à la réputation de personnes nommément désignées, la vérification des faits et des sources n’est pas une option.
Tout en réaffirmant leur attachement aux idéaux de vérité et de justice, les signataires se réservent le droit de solliciter, selon les voies légalement appropriées, toute rectification, tout retrait, tout droit de réponse et toute réparation pouvant être justifiés par les contenus diffusés et par le préjudice éventuellement subi, concluant fermement sur leur position : « Les noms peuvent être publiés. Les faits, eux, doivent être démontrés. »




