SOCIÉTÉ

Ngounié / Santé : À quoi sert une tournée à Mouila si Eteke, Ndende et Sindara n’ont même pas de paracétamol ?

La ministre de la Santé, Pr Elsa Nkana Joséphine Ayo épouse Bivigou, a poursuivi le 29 octobre 2026 sa tournée nationale dans la Ngounié. Après l’Ogooué-Lolo, cap sur Mouila. Direction régionale de la Santé Sud, Centre Hospitalier Régional, CTA, Centre de santé urbain, PMI, Base épidémiologique, École de formation des agents de santé… Le programme officiel a été déroulé à la lettre, sous le regard du gouverneur.

Sur le papier, la méthode semble louable : observation directe, dialogue avec les professionnels, évaluation des besoins réels. Dans les faits, la tournée s’est arrêtée aux portes de la capitale provinciale.

À quelques kilomètres de Mouila, la réalité sanitaire est tout autre. Et cette réalité n’a pas vu l’ombre d’une délégation ministérielle.

Mimongo, Mbigou, Memba, Nzenzele, Malinga, Ndende, Mbelenatembe, Guietsou, Guevédé, Sindara, Ikobey, Eteke… Dans ces bourgades formant la Ngounié profonde, les dispensaires ne soignent plus, ils agonisent. Des bâtiments envahis par les hautes herbes, des portes ne fermant plus, des lits sans matelas. À l’intérieur, le vide : pas de Bétadine, pas de paracétamol, pas de sparadrap, pas d’alcool pour un simple soin de premier secours. Et surtout, pas d’infirmiers qualifiés pour tenir la garde.

Voilà le Gabon sanitaire à deux vitesses, manqué une nouvelle fois par une visite ministérielle.

Si le CHR de Mouila enregistre une fréquentation en hausse grâce au redéploiement des médecins spécialistes – un point jugé encourageant par le ministère – que dire du paysan de Mbigou devant parcourir plus de 100 kilomètres pour un pansement ? Que dire de la femme enceinte de Malinga accouchant sans assistance ?

La population de l’arrière-pays ne demande pas des rapports administratifs. Elle demande la présence de l’État.

En limitant son inspection aux structures urbaines de Mouila, la ministre a certes évalué le fonctionnement d’un système, mais elle a oublié l’essentiel : les dispensaires de brousse constituent le premier rempart sanitaire pour des milliers de Gabonais. Les ignorer revient à laisser le système s’effondrer à sa base.

L’heure n’est plus aux tournées vitrines. L’heure est à la tournée des herbes hautes.

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