Le paradoxe Gabonais : du pétrole à flot sous son sol, zéro gasoil à la pompe dans les stations services
En attendant une communication gouvernementale, le grand Libreville vit au rythme des files d’attente. Devant les stations-services, les véhicules s’alignent sur des dizaines de mètres. Et pour cause, les cuves de gasoil sont totalement à sec.
Le constat est le même du Nord au Sud, d’Est à Ouest. D’Ozoungué au PK, d’Akanda à Owendo, en passant par Ntoum. Les pompistes n’ont qu’un mot à la bouche : rupture. Interrogés par notre rédaction ce jeudi 1er Octobre 2026, plusieurs gérants se montrent résignés. La situation pourrait rester inchangée jusqu’au week-end prochain. On écoule les derniers litres d’essence et on attend un hypothétique réapprovisionnement.
Pour le super, il en reste encore du stock. Mais pour combien de jours ? Voilà la question brûlant toutes les lèvres.
Cette pénurie n’a rien d’un accident. C’est la suite logique d’une chaîne grippée. Pendant que l’État injecte des milliards pour racheter son pétrole et affirmer sa souveraineté, la SOGARA, l’outil de raffinage national, continue de s’essouffler. Les chiffres sont têtus : activité en recul de 15,2% au premier trimestre 2026. Raison connue : installations vieillissantes, pannes à répétition, difficultés d’approvisionnement en brut.
Quand la raffinerie locale ne produit plus assez, le Gabon, pourtant producteur et exportateur de brut, doit importer son propre carburant. Paradoxe total. Le pays attend son gasoil au large de Lomé, sur des navires de traders internationaux revendant du produit fini à prix fort.
La SGEPP l’a déjà reconnu par le passé. Le circuit est à bout de souffle. Les marketeurs chargés de livrer les stations privilégient les gros clients industriels, le réseau public arrive en dernier. Sauf que cette fois, le problème dépasse la logistique. Plus de gasoil disponible à distribuer.
Et comme à chaque crise, même scénario. La population subit d’abord, le gouvernement communique ensuite. Entre-temps, toute la machine économique tousse. Taxis réduisant leurs rotations, entreprises de BTP au ralenti, groupes électrogènes à l’arrêt, pression à la hausse sur les prix du transport.
Oui, les cuves d’essence ne sont pas encore vides. Mais si les camions-citernes devant ravitailler Libreville ne peuvent plus rouler faute de diesel, combien de temps tiendront-elles ?




