OKALA : la route de la rupture ou quand l’état choisit enfin d’écouter avant de tout bousiller
Il aura fallu un traumatisme pour que l’État change de méthode. Celui du marquage sauvage du 28 mai dernier à Okala, fait sans prévenir ni les riverains, ni même les élus. Cette fois, le pouvoir ne veut plus administrer le choc, il veut l’éviter.
C’est tout le sens de la réunion de haute sécurité tenue, le mercredi 30 septembre 2026 à Libreville. Ce n’est plus une simple réunion technique, c’est un conseil de guerre urbain. Trois ministres sur le front : Mays Mouissi au Logement, Edgard Moukoumbi aux Travaux Publics et Adrien Nguema Mba à l’Intérieur. A leurs côtés, le Cabinet Militaire de la Présidence, la Gouverneure de l’Estuaire Marie-Françoise Dikoumba, les maires de Libreville et d’Akanda, et l’ANUTTC.
Une telle mobilisation n’est pas anodine. Elle dit l’extrême sensibilité du dossier. Car l’enjeu est explosif. Il ne s’agit pas d’ouvrir une piste. Il s’agit de percer une 2×2 voies moderne, avec voies d’insertion, arrêts d’urgence et espaces taxis, sur un tronçon stratégique : de l’ancien dispensaire à Kanal 7, jusqu’au futur hôpital AVC du Delta Postal. Une infrastructure appelée à désengorger définitivement l’axe Libreville-Akanda et à desservir le futur pôle santé.
Mais la leçon du 2 septembre écoulé a été retenue. Ce jour-là, le gouvernement était déjà allé à la rencontre du Collectif des habitants d’Okala pour écouter leurs doléances sur leur attachement familial et foncier à cette terre. Plu tard, le 30 septembre, on est passé à la vitesse supérieure.
Le mot d’ordre est désormais clair et il vient de Mays Mouissi lui-même : on ne casse plus avant de compter. L’État ordonne un recensement millimétré. Chaque famille, chaque bien, chaque parcelle doit être identifiée, évaluée et chiffrée en termes d’indemnisation AVANT de choisir le tracé définitif.
Pour y parvenir, l’ANUTTC travaille déjà sur plusieurs variantes de tracés. L’objectif est de trouver la voie qui fera le moins de mal. Selon les premières indications de terrain, le flanc gauche côté Okala-Delta pourrait être relativement épargné avec seulement 3 à 4 mètres d’emprise, le flanc droit concentrant l’essentiel des impacts.
Pour ne pas reproduire le chaos des chantiers anarchiques, le gouvernement lie désormais ce dossier à deux autres : Ciciba et Lac Bleu – Diba-Diba. L’idée est de coordonner les travaux pour éviter de démolir trois fois les mêmes quartiers.
Deux priorités ont été actées à l’issue de cette rencontre : l’axe Ancien dispensaire – Kanal 7 et l’axe Lac Bleu – Diba-Diba. Deux équipes de terrain seront déployées simultanément. Leur mission n’est plus seulement topographique, elle est politique : parler aux populations, sensibiliser, expliquer, et surtout recenser dans un climat apaisé, loin de la colère du premier passage.
Okala, on ne s’oppose pas à la route. On refuse d’être écrasé par elle. Le message semble enfin avoir été entendu au sommet de l’État.




