POLITIQUE

GABON : Une loi publiée, retirée, puis remplacée en 3 jours ! Le ministre est tombé, mais le vrai responsable est toujours là

François Ndong Obiang est tombé. Le remaniement du 11 octobre 2026 l’a emporté. Officiellement, un réajustement technique. Officieusement, tout le monde a compris : le ministre paie la facture de la loi sur les partis politiques. Une loi devenue toxique, contestée dans la rue, désavouée au sommet de l’Etat. Mais ce départ arrange bien des consciences, il permet de désigner un fusible tout en évitant d’interroger le véritable gardien du temple des textes officiels : le Secrétariat Général du Gouvernement.

Revenons aux faits, têtus :

Le 27 juin 2025, le Journal Officiel publie la loi n°016/2025 sur les partis politiques. Le 30 juin, ce même Journal Officiel disparaît pour être remplacé par un autre, au motif d’erreurs matérielles. Une justification administrative devenue la formule magique pour tout corriger après coup.

Le cœur du scandale porte sur l’article 72 et les conditions imposées aux partis existants. Des conditions en totale rupture avec les conclusions du Dialogue National Inclusif.

Le 15 juin 2026, face au Parlement, le Président Brice Clotaire Oligui Nguema lui-même monte au créneau. Il dit son incompréhension devant une loi contraire à l’esprit du Dialogue National. Il dit également ne pas comprendre le retrait du premier Journal Officiel.

Quand le Chef de l’Etat affirme ne pas reconnaître une loi publiée en son nom, la responsabilité ne peut plus se limiter à un seul ministre. Elle remonte vers l’institution chargée de sécuriser la publication des lois.

Le décret n°0273/PR du 29 mai 2025 est formel. Article 3 : le SGG assure la régularité juridique des textes et le contrôle du Journal Officiel. Article 16 : la Direction de la législation du SGG appose son visa sur le bon à tirer du Journal Officiel. Autrement dit, rien ne sort sans son feu vert.

Alors, ce visa a-t-il été apposé sur la version du 27 juin ou sur celle du 30 juin ? Le bon à tirer correspond-il exactement au texte adopté et promulgué ? Sur quel fondement juridique un Journal Officiel déjà en circulation se trouve retiré ? Comment expliquer ces dérives malgré des garde-fous réglementaires aussi clairs ?

Il ne s’agit pas ici d’une accusation de falsification contre le SGG. Aucune preuve publique ne permet une telle affirmation. Il s’agit d’une interrogation sur une défaillance du contrôle. Car cette affaire n’est pas isolée.

Le 8 octobre, Raymond Ndong Sima, ancien Premier Ministre, dénonce à son tour des modifications suspectes entre l’adoption et la publication de textes, évoquant la CNDPC et la Société Agropastorale du Gabon. En 2025, un décret de nominations en Conseil des Ministres avait déjà été retiré du Journal Officiel pour erreurs matérielles.

Trop d’erreurs matérielles tuent la crédibilité matérielle du Journal Officiel. Le ministre porte politiquement un projet devant le Parlement. Le SGG porte juridiquement la responsabilité de sa publication. Deux missions distinctes, deux responsabilités cumulatives. L’une ne saurait servir de paravent à l’autre.

Faire sauter un ministre sans interroger le SGG revient à couper une branche en laissant la racine du mal intacte. La République mérite mieux qu’un Journal Officiel à géométrie variable. Elle mérite une clarification totale : présentation des versions adoptées, promulguées, visées, publiées, avec les bons à tirer et les visas correspondants.

Le départ de François Ndong Obiang ne règle rien. Il ouvre même une question plus grave. Si le Journal Officiel est censé garantir l’authenticité des lois, quelle institution garantit désormais l’authenticité du Journal Officiel ?

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