Backbone national : Mouila connectée, mais la fibre optique atteindra-t-elle les contrées oubliées de la Ngounié ?
Une page importante vient de se tourner pour la province de la Ngounié. Longtemps pénalisée par l’isolement numérique, sa capitale provinciale Mouila est désormais raccordée au Backbone National Gabonais. L’inauguration du tronçon de fibre optique Lambaréné-Mouila, long de 196 kilomètres, met fin à des années de sous-connexion et propulse la ville dans l’ère du très haut débit.
Cette mise en service s’inscrit dans le cadre de la grande refondation numérique conduite sous l’impulsion du président Brice Clotaire Oligui Nguema. Le 14 septembre dernier, le ministère de l’Économie numérique, de la Digitalisation et de l’Innovation a supervisé la signature d’un partenariat public-privé historique sur 20 ans entre la Société de patrimoine des infrastructures numériques (SPIN) et l’opérateur Gabon Fiber S.A.
Ce projet met l’accent sur la souveraineté nationale. Comme l’a souligné le directeur général de Gabon Fiber S.A, Lauric Étienne Owono Engongah, la gestion des infrastructures passe désormais des mains d’un opérateur étranger à un acteur national, avec une rétrocession finale prévue au terme des deux décennies de concession. Pour déployer 1 651 kilomètres de nouvelle fibre d’ici 2029 et porter le réseau national de 1 782 à 3 433 kilomètres, l’opérateur mobilisera plus de 41 milliards de francs CFA sur fonds propres et marchés internationaux, sans solliciter le budget de l’État.

Le raccordement Lambaréné-Mouila constitue le point de départ de la première phase du programme, qui s’étendra vers Tchibanga, Lalara, Makokou et Okondja, avant de couvrir ultérieurement les axes Port-Gentil-Mandji-Yombi et Ndendé-Mimongo-Koulamoutou.
Cependant, cette avancée met en lumière un contraste saisissant avec la réalité quotidienne des zones enclavées de la Ngounié, souvent oubliées des grands projets de développement. Dans des contrées reculées comme Ikobey, Étéke ou encore Imenou, Nzinga, Ndongui, Mouyanama, Malinga, Lélala, Moukabou, Yeno, kembele, Mbinambi, Mobou Lelolo, Ngoundzi, Boungolo, Mourembou, Moussambou, Makongonio, Ndoubi, Issala.., le manque d’infrastructures de base reste criant : routes praticables inexistantes, accès très difficile à l’eau potable, réseau électrique défaillant et centres de santé sous-équipés.
Face à ce dénuement quasi-total, l’interrogation persiste : la fibre optique parviendra-t-elle un jour jusqu’à ces territoires pour briser leur double isolement, à la fois géographique et numérique ?
Pour les villes directement raccordées, les bénéfices promis par le directeur général de la SPIN, Bertrand Mahoukou Bitchinda, sont bien réels : une meilleure Stabilité du réseau, des débits plus élevés et, à terme, une baisse du coût des données. En tant qu’opérateur de gros, Gabon Fiber S.A fournira ses capacités à tous les opérateurs mobiles dans des conditions équitables. La création de routes alternatives permettra également d’éviter qu’une simple coupure sur le câble principal ne paralyse toute la région.
L’interconnexion progressive de centres urbains matérialise la volonté présidentielle de désenclaver les bassins économiques de l’intérieur. Il reste désormais à concrétiser cette vision dans les hameaux et cantons les plus distants de la Ngounié, afin que le très haut débit ne demeure pas un privilège réservé aux seuls chefs-lieux.




