Minkébé envahi : 19 orpailleurs clandestins interpellés, la forêt livrée aux trafiquants ?
Comment autant de clandestins ont-ils pu s'installer au cœur de Minkébé sans craindre une interpellation ? La question dérange. Elle s'impose après le coup de filet du 30 septembre, révélé par l'Agence Gabonaise de Presse.

Dix-neuf personnes interpellées en plein parc national de Minkébé, autour de la rivière Ivindo. Dix-neuf orpailleurs clandestins, organisés, installés, en train d’exploiter l’or gabonais au nez et à la barbe de l’administration.
L’intervention a duré deux jours. Les responsables du parc l’ont conduite, avec l’appui de la Compagnie Est de gendarmerie des parcs nationaux. Huit suspects arrêtés le premier jour. Onze le lendemain. Tous surpris en pleine extraction illégale, sans autorisation.
Le profil des interpellés révèle l’ampleur du phénomène. Onze Camerounais, trois Tchadiens, deux Congolais, deux Nigériens et un Ivoirien. Un véritable réseau sous-régional ayant fait de Minkébé son Eldorado. Sur les dix-neuf, seize sans aucun document de séjour. Sans carte, sans justificatif de transport. Des fantômes traversant nos frontières pour s’installer dans nos aires protégées comme en terrain conquis.
Les trois autres possédaient des titres de séjour valides. Cela ne les exonère en rien. Ils restent poursuivis pour exploitation minière illégale et intrusion dans une zone protégée.
Cette affaire met à nu une réalité connue de tous. Minkébé, joyau écologique de 7 000 km², sanctuaire des éléphants de forêt, subit une pression insoutenable. L’orpaillage clandestin y détruit tout. Sols éventrés, cours d’eau détournés et pollués au mercure, habitats naturels saccagés. Nous ne sommes plus face à de l’artisanat, mais face à une industrie souterraine.
La dimension transfrontalière complique le contrôle. Comment surveiller une forêt grande comme un pays quand des réseaux s’organisent depuis l’extérieur, avec des complicités locales fermant les yeux ?
Les dix-neuf suspects doivent être présentés au parquet de Makokou. Ils devront répondre d’exploitation illégale, d’intrusion dans une aire protégée et, pour seize d’entre eux, de séjour irrégulier. La justice fera son travail.
Au-delà de ce dossier, la question de la souveraineté sur nos parcs reste entière. Minkébé ne peut pas rester une passoire. Tant que la surveillance demeure ponctuelle et les sanctions peu dissuasives, d’autres clandestins prendront la place des 19 interpellés.




