SOCIÉTÉ

Syndicalisme Gabonais : La FETRAG refuse de rater le virage numérique

Le monde du travail change plus vite que nos réflexes syndicaux. C'est le constat lucide que dresse la FETRAG à l'heure où l'intelligence artificielle, l'automatisation et l'économie des plateformes redessinent en profondeur les métiers et les rapports sociaux. Comme le souligne le Secrétaire Général Jocelyn Louis NGOMA, la question n'est plus de savoir s'il faut évoluer, mais comment : « Peut-on défendre les travailleurs de demain uniquement avec les outils d'hier ? À la FETRAG, notre réponse est non. »

Le syndicalisme traditionnel a bâti des acquis considérables. Personne ne le conteste. Mais s’il s’enferme dans les seuls communiqués et les assemblées générales comme uniques modes d’action, il prend le risque d’être totalement largué. Pour Jocelyn Louis NGOMA, l’équation est simple : « Si l’État se digitalise, si les entreprises se digitalisent et si le travail se digitalise, le syndicat ne peut rester analogique. »

Cette prise de conscience fait écho à la vision portée au plus haut sommet de l’État. Sous la Cinquième République, le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a fait du numérique le socle de la modernisation du Gabon. Un cap que le mouvement syndical se doit d’accompagner. Le message lancé à Makokou le 30 août 2026 en est d’ailleurs la parfaite illustration. Le Chef de l’État y appelait à « un dialogue social sincère, permanent et utile ». Pour la FETRAG, cette permanence ne peut plus dépendre uniquement de réunions de crise. Elle exige des outils capables de maintenir le lien au quotidien.

C’est tout le sens de FETRAG Academy. La plateforme n’est pas un gadget, c’est une rupture philosophique. « Notre ambition est simple : aller vers le travailleur plutôt que toujours attendre qu’il vienne au syndicat », explique le Secrétaire Général. L’objectif est de mettre la formation, les textes de loi et les ressources syndicales directement dans le téléphone du travailleur.

Car pour la Confédération, la doctrine reste inchangée mais ses moyens se modernisent. Former, c’est déjà défendre. Comme le martèle Jocelyn Louis NGOMA, « un travailleur informé connaît mieux ses droits. Un représentant formé négocie mieux. Une organisation capable d’identifier rapidement les tensions peut intervenir avant que le conflit n’éclate. » La méthode est claire : « Former avant de négocier. Informer avant la confusion. Prévenir avant la confrontation. »

Un signal venu de Genève est venu confirmer la justesse de cette stratégie. Le 12 juin 2026, l’Organisation Internationale du Travail a adopté la Convention n°193 sur le travail décent dans l’économie des plateformes. Si ce texte ne demande pas explicitement aux syndicats de se numériser, son message est limpide. Comme le rappelle la FETRAG, « le numérique est désormais un espace de travail, donc un espace de droits et de représentation collective. Lorsque le travail change de territoire, le syndicat doit pouvoir l’y suivre. »

Reste maintenant à transformer l’essai. « Une plateforme ne transforme rien si personne ne l’utilise », prévient Jocelyn Louis NGOMA. D’où son appel direct aux militants, aux délégués du personnel et à l’ensemble des travailleurs : « Connectez-vous. Testez les formations. Consultez les contenus. Partagez la plateforme avec vos collègues. »

L’enjeu est fondamental. « Un travailleur qui connaît ses droits est plus difficile à tromper. Un militant formé est plus crédible lorsqu’il négocie. Un responsable syndical qui maîtrise les textes peut défendre avec des arguments plutôt qu’avec des approximations », insiste-t-il.

La FETRAG l’assume : l’indépendance syndicale ne signifie pas l’immobilisme. « Le syndicalisme traditionnel n’est pas condamné. C’est son immobilisme qui pourrait le condamner », conclut Jocelyn Louis NGOMA avant de lancer : « La révolution numérique n’attendra pas que le syndicalisme soit prêt. Ne la regardons pas passer. Prenons-y notre place. »

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