Dialogue social au point mort : Wire Groupe fait sa loi, le collectif des 50 ouvriers sacrifiés demandent justice !
Dans le huis clos asphyxiant des champs pétroliers de Port-Gentil, la vitrine étincelante de l’or noir gabonais masque une violente réalité : celle d’ouvriers broyés par le mépris et l’impunité. Poussé à bout, le Collectif des agents ayant entre 10 et 16 ans d’ancienneté à Wire Groupe, brise de nouveau le silence. À travers un réquisitoire implacable, ces pères de famille dressent le portrait d’un employeur affranchi de toute loi, où la dignité humaine est sacrifiée sur l’autel de la rentabilité financière.

Implantée depuis 2005 et érigée en mastodonte du golfe de Guinée, la filiale locale de Wire Groupe impose sa propre loi. En interne, le favoritisme dicte la marche de l’entreprise. Les promotions, les augmentations et l’accès à la formation échappent totalement au mérite ou aux compétences, pour être distribués au gré des affinités avec le management.
Le résultat fait froid dans le dos : des agents s’effacent après des décennies de service au rang de simples manœuvres, ou végètent au poste d’assistants après 18 ou 19 ans de boîte. Pourtant, quand il s’agit de combler les manques opérationnels, ce sont ces mêmes ouvriers de l’ombre qui assurent les intérims d’opérateurs en charge. Un pillage des compétences qui piétine ouvertement l’article 2 du Code du travail, lequel érige la formation en obligation absolue de l’employeur.
Sur les sites d’intervention, la mise en danger est quotidienne. Les salariés gèrent des têtes de puits sous haute pression dépassant les 1500 PSI, enchaînant des cycles infernaux de 12 heures par jour (de 06h30 à 18h30) ou de nuit (de 18h30 à 06h30). Pas une seule heure supplémentaire, pas la moindre prime de nuit, et zéro prime de production, alors même qu’ils manipulent la principale richesse du pays. Face à ces abus, la réponse de la direction générale, incarnée par Armindo De Oliveira, tranche par son cynisme : aux protestataires, il est simplement conseillé de démissionner.
Le cauchemar des ouvriers se lit arithmétiquement dans un système de pointage taillé pour rogner leurs gains. La fermeture des comptes fixée au 20 de chaque mois donne lieu à des aberrations : un opérateur slickline débarquant sur site le 18 se voit amputer de son jour d’entrée, ne touchant que deux maigres journées (19 et 20) au titre de sa prime de chantier (7500 francs CFA par jour).
Le calcul brut donne le ton d’une précarité systémique : avec un salaire de base de 220 000 francs CFA, agrémenté de 80 000 francs CFA de logement, de 35 000 francs CFA de transport, de 12 000 francs CFA de gaz et d’une prime de chantier tronquée d’environ 15 000 francs CFA, le total brut plafonne autour de 362 000 francs CFA avant impôts. Cette modeste somme est rapidement laminée par les prélèvements de quinzaines et la spirale infernale des crédits bancaires auprès de la banque suisse.
Des rotations exténuantes de 29 à 30 jours sur site pour seulement 27 jours de récupération, avec des jours d’entrée et de sortie non payés, achèvent d’asphyxier ces foyers. Aux yeux de leurs familles, l’illusion d’une vie de privilégié du pétrole masque une misère profonde, entretenue par la complicité passive des délégués du personnel et l’inertie du syndicat SEERPAC, prompt uniquement à prélever les cotisations. Pire encore, les ouvriers s’interrogent ouvertement sur l’immobilisme de l’Inspection du travail de Port-Gentil, soupçonnée d’arrangements cordiaux avec le patronat local.
Le mépris institutionnalisé de ladite boîte s’étend tragiquement au-delà de la ligne de production. Elle ne connaît aucune véritable politique d’assistance sociale. La mort récente d’un collègue après 17 ans de service a révélé la dureté du système : la direction a d’abord opposé un refus catégoriel de s’associer aux obsèques, avant de céder sous la bronca générale en lâchant une enveloppe dérisoire. En cas de sinistre, à l’image de maisons calcinées par des incendies, ou de deuil familial, les salariés ne se voient proposer que de simples avances sur salaire, immédiatement ponctionnées le mois suivant.
Quant aux avantages dits sociaux, ils relèvent de la provocation : le prêt préscolaire est plafonné à 200 000 francs CFA par enfant (et réduit de moitié en cas de cumul de prêts) tout en étant arbitrairement bloqué à un maximum de quatre enfants, excluant de fait les familles nombreuses. De même, l’assurance maladie impose des restrictions drastiques en ne prenant en charge qu’une seule épouse en cas de polygynie et un maximum de trois enfants par foyer, fracturant irrémédiablement l’équilibre familial.
Pendant que ces pères de famille survivent dans l’indignité, l’entreprise étale sa puissance financière au grand jour. Elle vient de parader en sortant de ses parcs deux camions Kenworth slikline de dernière génération, d’une valeur estimée à près d’un milliard de francs CFA. Un camouflet adressé aux autorités et une provocation directe envers ses travailleurs.
Trois ans après la mise en place de la commission spéciale pour le dialogue social dans les hydrocarbures, l’espoir d’un changement s’est mué en amertume. Les 50 agents du collectif, sacrifiés sur l’autel de la tolérance administrative, refusent de plier davantage.
À l’aube de la célébration nationale du 30 août, alors que le pays commémorera l’élan de libération et de justice sociale, ces ouvriers meurtris lancent un cri du cœur ultime. Ils supplient le Président de la République, Chef de l’État, Chef du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, de briser le joug de cet opérateur économique hors-la-loi. Leur vœu le plus cher pour cette date mémorable est simple, symbolique et inaliénable : arborer fièrement, de concert à Port-Gentil et sur les terres de l’Ogooué-Ivindo, leurs médailles du travail, pour restaurer enfin leur dignité bafouée.




