SOCIÉTÉ

Nouvelles infrastructures médicales à Libreville : le défi matériel est relevé, reste celui de l’accueil et de la dignité du patient

Le paysage sanitaire de la capitale gabonaise franchit un cap décisif avec la mise en service simultanée de trois établissements neufs et la modernisation technique du Centre Hospitalier Universitaire de Libreville (CHUL). Si ces réalisations concrètes marquent un tournant majeur pour la prise en charge médicale au Gabon, une question cruciale demeure dans l’esprit des populations : le comportement du personnel soignant évoluera-t-il enfin au même rythme que ces bâtiments flambants neufs ?

Sur le plan des infrastructures, l’effort est indiscutable. En matière de médecine de proximité, le quartier populeux d’Akébé se dote du Centre médical « Eugène Tsa-Tsa ». Cet établissement a été conçu pour désengorger les grands centres hospitaliers en offrant aux riverains un accès direct et simplifié aux consultations ainsi qu’aux soins essentiels de premier recours. Dans le même esprit de décentralisation des services, l’Hôpital d’arrondissement de la Peyrie « Dr Paulin Obame Nguema » ouvre ses portes afin de consolider le maillage sanitaire local et de garantir un suivi médical plus réactif aux habitants du secteur.

La réponse aux besoins de diagnostic et d’urgence s’est elle aussi renforcée. La capitale accueille désormais le Laboratoire national de santé publique « Dr Vincent Ditsambou ». Doté de technologies modernes, ce centre de recherche et d’expertise scientifique a pour vocation de s’imposer comme la plateforme de référence nationale pour le contrôle sanitaire, la prévention épidémiologique et les examens spécialisés. Enfin, cette dynamique s’étend au CHUL, lequel bénéficie d’un rééquipement d’envergure en matériels médicaux de dernière génération. Cette dotation permet d’optimiser son plateau technique, d’accroître la capacité d’intervention des équipes et d’améliorer la qualité du service rendu lors des hospitalisations et des urgences.

Cependant, cette modernisation à grands frais risque fort d’être occultée par un mal récurrent et profondément enraciné dans le système de santé gabonais : la qualité des relations humaines. Les usagers, échaudés par des années d’expériences douloureuses dans les structures publiques, expriment une inquiétude légitime. Va-t-on enfin pouvoir être accueilli et soigné dans ces nouveaux espaces sans essuyer d’injures, de mépris ou de maltraitances de la part d’un personnel fréquemment décrit comme d’humeur exécrable ?

Les murs neufs et les appareils de dernière technologie, aussi performants soient-ils, ne soigneront jamais la crise de déontologie et d’empathie qui gangrène une partie du corps médical. L’accès à la santé ne doit plus être vécu comme un parcours du combattant ou une humiliation subie par les usagers. Pour que cette transition sanitaire soit une véritable réussite, l’État gabonais devra impérativement accompagner ces investissements matériels d’une rigueur éthique renouvelée, d’une formation poussée à l’accueil des usagers et de sanctions exemplaires contre les dérives comportementales. La modernisation du système de santé ne sera pleinement accomplie que lorsque la dignité du patient sera placée au même niveau d’exigence que la qualité du matériel médical.

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