Logements sociaux : 3016 villas en chantier, mais pour quel Gabonais ?
Le ministre du Logement, de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, multiplie les visites de terrain. D’Akanda à Bikélé-Nzong, le membre du Gouvernement passe en revue six programmes immobiliers. Au total, 3016 logements en construction dans le Grand-Libreville.
Sur le papier, le bilan impressionne. La Bellambra Résidences à Akanda avec 500 logements pour ADDOHA. La Cité Symbioz de Keydan Groupe avec 66 villas. One Link et ses 400 logements. À Okala, Urban Life de Mangouba et ses 300 logements, plus Trianon Homes et ses 150 unités. Pour finir, le mastodonte de Bikélé-Nzong à Ntoum avec 1600 logements annoncés.
Le ministre, accompagné des services techniques et des responsables de la SNI, visite des villas témoins. Les images circulent. Les chiffres rassurent. Mais la question centrale demeure, brutale, incontournable : tous les Gabonais, toutes catégories sociales confondues, peuvent-ils espérer bénéficier d’un de ces toits ?
Poser la question, c’est déjà soulever le voile d’une réalité amère. Depuis des décennies, la SNI construit. Depuis des décennies, le Gabonais moyen regarde les cités pousser sans jamais en détenir les clés. Les prix pratiqués relèvent du haut standing. Les conditions d’éligibilité excluent le fonctionnaire modeste, le jeune diplômé sans piston, la mère commerçante du marché.
3016 logements. Pour une population du Grand-Libreville dépassant le million d’habitants. Pour une demande estimée à plusieurs dizaines de milliers de dossiers en souffrance. L’offre reste une goutte d’eau dans un océan de besoins.
Le constat s’impose. Sans grille de prix transparente, sans mécanisme de subvention réelle pour les bas revenus, sans publication des critères d’attribution, cette tournée ministérielle risque de ressembler aux précédentes : beaucoup de communication, peu de logements accessibles pour le peuple.
Le logement social ne saurait se résumer à des villas témoins pour promoteurs privés. Il exige une politique audacieuse, orientée vers les plus vulnérables. Le Gabon attend toujours cette rupture.




