GABON – C’EST LA GUERRE AU PDG : Depuis Paris, Ali Bongo réclame son parti et traite Louembé de putschiste
Trois ans après sa chute du 30 août 2023, Ali Bongo Ondimba revient au centre du jeu politique. Depuis Paris, l'ancien président rompt le silence et met le feu au Parti Démocratique Gabonais.

Dans une déclaration datée du 20 octobre 2026, Ali Bongo affirme demeurer le président statutaire du PDG. Il conteste la légitimité de la direction conduite par Blaise Louembé et Angélique Ngoma, installée lors du congrès extraordinaire du 30 janvier 2025.
À ses yeux, tout ce que cette direction a fait depuis le 7 mars 2024 relève de la forfaiture. Il soutient n’avoir jamais démissionné, n’avoir jamais mandaté une nouvelle équipe hors des statuts. Il ajoute un argument de poids : son retrait de la vie politique annoncé en septembre 2024 aurait été arraché sous contrainte, alors même que son épouse Sylvia et son fils Noureddin se trouvaient encore détenus.
Désormais, il change de ton : « Je ne renonce pas à la vie politique. C’est en qualité de président du PDG que je conduirai cette réorganisation. »
En face, Blaise Louembé tente de colmater les fissures. Selon Africa Intelligence, le séminaire des 10 et 11 octobre à Libreville a révélé une fracture profonde. Un sous-comité a proposé de définir le PDG comme opposition constructive et responsable.
L’idée a séduit une grande partie de la salle. Louembé et Ngoma sont alors intervenus pour effacer le terme opposition et imposer la formule plus consensuelle de force politique constructive et responsable. Un mot supprimé évite ainsi une rupture avec le président Brice Clotaire Oligui Nguema, pourtant soutenu par le PDG lors de la présidentielle de 2025.
Alors, pour quelle raison Ali Bongo s’accroche-t-il avec une telle détermination au PDG ? S’agit-il d’un héritage familial ?Le PDG ne ressemble à aucun autre parti au Gabon. Création d’Omar Bongo Ondimba en 1968, cette formation a exercé le pouvoir durant 56 ans sans interruption. Elle représente un patrimoine politique, financier, immobilier, avec des fédérations partout dans le pays et un réseau à l’international. Perdre ce parti, pour Ali Bongo, reviendrait à perdre le dernier levier de pouvoir réel.
Autre enjeu : la survie politique. Sans le PDG, Ali Bongo demeure un ancien chef d’État déchu en exil entre Paris et Londres. Avec le PDG, il redevient un acteur incontournable, capable de peser sur le congrès décisif de fin 2026, de négocier un retour, de protéger l’avenir de sa famille.
En coulisses, un soutien extérieur se dessine. Africa Intelligence évoque le rôle très discret de Denis Sassou-Nguesso, président du Congo-Brazzaville, agissant via Omar-Denis Junior Bongo, à la fois fils d’Omar Bongo et petit-fils de Sassou. Libreville évoque même une visite nocturne de Sassou à Paris début septembre.
Blaise Louembé se retrouve pris en étau. Une partie de ses cadres pousse vers une opposition franche à Oligui Nguema, une autre souhaite ménager le pouvoir en place, une troisième, emmenée par Ali Akbar Onanga Y’Obégué adoubé par Ali Bongo comme secrétaire général légitime, réclame le retour de l’ancien président.
Pour sortir de cette crise, Ali Bongo propose trois étapes : rétablir la légalité statutaire, installer une direction transitoire inclusive sous sa conduite, puis convoquer un congrès ouvert à toutes les sensibilités.
Il affirme avoir tendu la main, en invitant Blaise Louembé à Paris. Sa version : « Ils ne sont pas venus. Ils n’ont pas répondu à mon appel. »
Le PDG possède désormais deux têtes. Une à Paris revendiquant la légitimité historique et statutaire. Une à Libreville revendiquant la légitimité du terrain. Le prochain congrès s’annonce comme un véritable champ de bataille.




