Fait divers / Okondja : Quand un stratagème d’adolescente pour sortir groover la nuit se solde par la mort de sa mère
Le délibéré rendu le 19 août 2026 par le tribunal de première instance de Franceville a refermé l’un des dossiers les plus poignants de ces dernières années dans le Haut-Ogooué. Condamnée à 12 mois de prison, dont 7 avec sursis, et à 3 millions de FCFA d’amende pour la mort de sa mère, la jeune G.M., âgée de 13 ans au moment des faits, renvoie la société gabonaise à une réalité complexe : celle du fossé générationnel, de l’impulsivité juvénile et de ses dérives tragiques.
On se souvient encore du chuchotement ayant parcouru la ville ce matin-là. Pas l’acte d’une criminelle endurcie. Plutôt celui d’une gamine acculée, étouffée par ce qu’elle vivait comme un carcan. Selon les éléments de l’enquête de gendarmerie et les auditions ayant suivi, le mobile tient en quelques mots : les sorties nocturnes et la vie sentimentale.
Des réprimandes et interdits répétitifs. Pour y échapper, la jeune fille a imaginé un stratagème d’enfant. Verser du camphre dans la boisson de sa mère. L’idée n’était pas de tuer. Juste de l’endormir profondément. Assez longtemps pour « mourir » la nuit, loin des sermons, loin des « tu ne sors pas ». Elle n’a pas mesuré la portée du geste. Quelques minutes après avoir bu, Esther Diki Nzoghet a été foudroyée par un malaise. Conduite au centre médical, elle n’a pas survécu.
Le 21 juin 2024, G.M. est écrouée à la maison d’arrêt centrale de Franceville. Six mois de détention préventive. Puis une liberté provisoire accordée en décembre 2024, dans l’attente du procès. Et c’est là que tout le défi juridique est apparu. Comment qualifier un acte aux conséquences mortelles, mais dépourvu d’intention de donner la mort ?
Le tribunal a tranché en écartant l’empoisonnement. Il a retenu l’homicide involontaire. Les juges ont relevé l’absence de préméditation. Le Ministère public a plaidé les circonstances atténuantes liées au très jeune âge. Me Yoni Andy Nkum’Enguie, conseil de la mineure, a invoqué l’article 184 du Code de l’enfant. Au final, la peine ferme se trouve largement purgée par la détention déjà effectuée.
Derrière le verdict, il reste une famille brisée et une ville s’interrogeant. A Okondja comme ailleurs, l’adolescence d’aujourd’hui se heurte aux cadres d’hier. Entre le besoin de respirer et le devoir de protéger, entre le « laisse-moi vivre » et le « je veux ton bien », le dialogue s’est grippé. Et il a fallu un drame pour que la société regarde en face ce fossé générationnel.




