Récit présidentiel contre la réalité des chiffres : La CNR recadre le pouvoir
La Coalition pour la Nouvelle République (CNR) et les partis politiques alliés ont livré dans la journée du samedi 22 Août 2026 une lecture particulièrement critique du discours prononcé par le chef de l’État à la veille du 66e anniversaire de l’indépendance. Conduite par le professeur Vincent Moulengui Boukossou, entouré de figures de premier plan telles que Francis Hubert Aubame, Michel Ongoundou Loundah, Pierre Mapiga et Daniel Bouka, la coalition réclame un changement radical de méthode : moins de communication institutionnelle et davantage de transparence, de chiffres et de résultats vérifiables.
Dès l’entame de sa déclaration, la coalition replace le débat sur le terrain de la souveraineté populaire, rappelant que le droit du peuple gabonais à disposer de lui-même ne saurait se limiter aux célébrations officielles. Selon ses propos, cette souveraineté doit se traduire concrètement par l’accès quotidien à l’éducation, au logement, aux routes, à l’eau, à l’électricité et à la santé. Résumant cette exigence, le président de la coalition martèle qu’avoir des droits civiques implique aussi de pouvoir vérifier, contrôler et exiger des comptes des gouvernants.
Sur le front de l’éducation, le regroupement politique refuse que l’augmentation du nombre d’admis aux examens serve d’unique indicateur de réussite. Il réclame des données précises sur les infrastructures construites, les budgets engagés et les effectifs réels par classe. Concernant l’enseignement supérieur, non sans pointer du doigt la saturation des universités et l’irrégularité dans le versement des bourses.
La jeunesse fait l’objet des interpellations les plus incisives. En réponse à l’appel présidentiel invitant les jeunes à la « persévérance », la coalition retourne la formule avec gravité : « Persévérer dans quoi ? Persévérer dans la recherche d’un emploi pendant cinq ans, dix ans ? Persévérer dans le chômage ? » Elle juge par ailleurs trop étroites les perspectives professionnelles limitées aux forces de défense ou aux programmes d’aide à la conduite de taxis.
La critique s’étend également au secteur du habitat, où cette dernière oppose les projets de prestige et hôteliers aux besoins urgents du citoyen ordinaire, rappelant que le déficit national est évalué à plus de 200 000 unités. En matière d’infrastructures routières, d’eau et d’électricité, les opposants réclament une cartographie claire, des taux d’exécution précis et des réponses structurelles pérennes, estimant que les réalisations de façade ne suffisent pas à masquer les difficultés quotidiennes des ménages.
Dans le domaine de la santé, tout en saluant l’ouverture de centres de proximité, ladite coalition souligne que le véritable baromètre de la politique sanitaire demeure l’état des plateaux techniques des grands centres hospitaliers et régionaux.
Sur le plan macroéconomique et régalien, elle appelle à une plus grande rigueur contractuelle, en l’occurrence sur les accords industriels conclus avec des géants miniers tels que Eramet ou les projets fonciers liés au Camp de Gaulle. L’étonnement vient en outre du silence observé par l’exécutif sur les questions de souveraineté territoriale, notamment autour de Mbanié, tout en exigeant que les visites diplomatiques de haut rang se mesurent à l’aune de retombées concrètes pour l’économie nationale. Enfin, tout en reconnaissant les gestes mémoriels à l’égard de personnalités politiques des crises passées, la CNR réitère sa demande d’une prise en charge globale et juste de toutes les victimes des troubles électoraux enregistrés entre 1993 et 2016.




