ÉCONOMIE

Eramet / Manganèse : Pourquoi l’entrée du Gabon au capital fait grincer des dents et alimente les rumeurs ?

À l’occasion du sommet Africa Forward à Nairobi, une rencontre stratégique s’est tenue entre le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, et Christel Bories, PDG du groupe minier français Eramet. Cet entretien, axé sur l’avenir industriel du Gabon, a mis en lumière des ambitions fortes concernant la transformation locale du manganèse, la modernisation de la voie ferrée Transgabonaise et la consolidation du partenariat entre l’État et le géant minier.

Cependant, au-delà des communiqués officiels vantant une nouvelle dynamique économique, un climat de suspicion s’installe au sein de l’opinion publique gabonaise. L’annonce de l’intention du Gabon d’augmenter sa participation au capital, lors de l’assemblée générale prévue le 27 mai, suscite de nombreuses interrogations parmi la population.

Pour de nombreux observateurs et citoyens, la facilité apparente avec laquelle le groupe semble ouvrir la porte à l’acquisition de nouvelles actions par l’État gabonais ne serait pas un simple signe de partenariat renforcé. Une partie de l’opinion y voit plutôt le symptôme d’une situation interne préoccupante au sein du groupe. L’idée circule que s’il se montre aussi conciliant, c’est que les indicateurs seraient au rouge depuis un certain temps. Cette lecture suggère que l’entrée au capital de l’État servirait de bouclier ou de soutien financier à une entreprise confrontée à des difficultés structurelles ou de rentabilité.

Malgré ces doutes, la présidence gabonaise maintient sa ligne directrice : rompre avec le modèle de l’exportation brute pour privilégier la création de valeur ajoutée sur le territoire national. Le projet vise à transformer le secteur minier en un moteur de croissance capable de générer des emplois industriels et de moderniser les infrastructures logistiques, notamment via la SETRAG.

Eramet occupe déjà une place centrale dans cette stratégie, étant le seul opérateur à posséder une unité de transformation opérationnelle en Afrique subsaharienne, le Complexe métallurgique de Moanda (CMM).

L’ambition de Libreville reste toutefois suspendue aux mécanismes financiers du marché. L’augmentation de capital annoncée dépend de la disponibilité des Droits Préférentiels de Souscription (DPS). Si les résolutions déposées auprès de l’Autorité des marchés financiers prévoient le maintien de ces droits pour les actionnaires actuels, rien ne garantit que ces derniers voient d’un bon œil l’arrivée massive de l’État gabonais. Les spécialistes préviennent que les actionnaires historiques pourraient bloquer ou limiter ces prétentions, rendant l’issue du vote du 27 mai particulièrement incertaine.

En somme, entre la volonté politique d’affirmer une souveraineté économique et les rumeurs de fragilité financière du partenaire français, ce dossier cristallise aujourd’hui toutes les attentions et les inquiétudes au Gabon.

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