Rendez-vous confisqué : Quel était le vrai motif de la suspension de la Fête des Cultures sous l’ancien régime ?
Pendant près d’une décennie, le silence est devenu assourdissant autour de la Fête des Cultures. Officiellement reléguée aux oubliettes sous le régime d’Ali Bongo Ondimba pour des motifs budgétaires récurrents ou des priorités politiques redéfinies, cette manifestation populaire essuyait en réalité un désintérêt flagrant de la part d'un pouvoir accusé d'avoir marginalisé la culture populaire au profit d'événements plus élitistes ou cosmopolites.

En confisquant ce grand rassemblement né en 1997 sous l’impulsion de Paul Mba Abessole puis structuré sous Omar Bongo, l’ancien régime laissait béante une blessure mémorielle, privant les communautés gabonaises d’un espace privilégié de célébration de leur identité. La question brûle encore les lèvres : s’agissait-il d’une simple négligence financière ou d’une volonté délibérée de freiner un rassemblement citoyen trop vibrant et fédérateur ?
Après huit longues années d’une interruption particulièrement contestée, le rendez-vous signe enfin son grand retour pour une 15ᵉ édition d’exception prévue du 21 au 23 août 2026. Placée sous le signe de la « Réappropriation de nos valeurs culturelles », cette relance hautement symbolique matérialise une volonté de rupture nette avec les choix du passé. Pour orchestrer cette réappropriation patrimoniale, le Ministre de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement Culturel et des Arts, Paul Ulrich Kessany, a conduit ce mercredi 5 août 2026 une visite de terrain capitale sur l’avenue Jean-Paul II, située dans le deuxième arrondissement de Libreville. Épaulé par le Sixième Adjoint au Maire chargé de la Culture, Félix Andy Makindey Nze Nguema, et le Maire du deuxième arrondissement, Richard Obiang Ava, le membre du gouvernement est venu valider la métamorphose de cet axe majeur, illustrant l’engagement renouvelé entre l’État et la Mairie de la capitale.
Sur ce théâtre urbain hautement symbolique, les préparatifs s’accélèrent sous une dynamique multisectorielle. L’inspection menée conjointement avec la DGSPEFPCAJSL, la DGCHAUTIU, le SAMU Social, Clean Africa, l’UNESCO et l’Ambassade du Sénégal pays frère mis à l’honneur cette année, vise à transformer l’avenue Jean-Paul II en un vaste village culturel immersif. S’étendant du secteur de l’immeuble du 2 Décembre et du boulevard Bessieux jusqu’à la Primature, puis bifurquant de l’Hôtel de Ville vers le Foyer des Charités, le périmètre a été scrupuleusement découpé pour offrir un parcours harmonieux et sécurisé. Dès l’entrée, l’Arche culturelle accueillira les visiteurs en marquant le passage vers l’histoire des neuf provinces. Le long de l’avenue, les pavillons institutionnels et internationaux côtoieront le Grand Mbandja érigé près de la BEAC, scène centrale dédiée aux rituels, contes et danses traditionnelles, tandis que la voie menant aux Cocotiers abritera les chapiteaux réservés aux artisans.
En replaçant la culture populaire au centre de l’espace public, l’événement entend également redynamiser le tissu économique local, là où l’ancien régime avait laissé les acteurs culturels livrés à eux-mêmes. Entre la BEAC et la Primature, un pôle gastronomique verra le jour avec l’installation de cases de restauration louées au tarif accessible de 50 000 FCFA pour les trois jours. Cette initiative permettra de valoriser le savoir-faire culinaire du terroir dans des conditions hygiéniques et organisées. Entre la grande parade d’ouverture, la remise d’un présent symbolique au Chef de l’État et le déploiement d’espaces dédiés aux plus jeunes, ce dispositif complet appuyé par un encadrement sécuritaire strict pour fluidifier la circulation prouve que ce secteur ne sera pas seulement le lieu d’une fête retrouvée, mais la preuve vivante d’un patrimoine réhabilité après des années d’abandon.




