SOCIÉTÉ

Ministère de la Justice : Comment travailler dignement quand les toilettes ne fonctionnent plus depuis 6 mois ?

Rendre la justice exige d’abord des conditions dignes. Au ministère de la Justice, ce principe semble s’être perdu en route. Voilà plus de six mois que les toilettes sont à sec. Six mois que les robinets sont muets. Six mois que les agents et les usagers composent avec l’indignité.

En effet, dans les locaux du ministère de la justice satisfaire un besoin naturel est devenu un casse-tête. Les WC sont impraticables, abandonnés. Alors chacun se débrouille. Certains traversent la ville pour trouver des toilettes publiques. D’autres se replient sur des coins de fortune, en plein air. D’autres encore franchissent les portes des bars d’à côté pour la « grosse commission ». Au temple de la loi, on en est réduit à cela.

L’un des caniveaux à l’arrière du ministère où font leurs besoins certains agents © DR

Le problème n’est pas nouveau. Il remonte dans les notes, il circule dans les réunions, il revient chaque mois. Mais il ne trouve aucune réponse. Et pendant ce temps, les retards s’accumulent, les absences se justifient. Quand un agent évoque le manque d’eau, on lui oppose des arguments administratifs. Comme si la dignité humaine pouvait se négocier.

Les chiffres pourtant sont têtus. Le ministère possède trois cuves de 1000 litres. Deux fonctionnent. L’une alimente le cabinet du ministre. L’autre dessert le secrétariat général. Pour tous les autres services, rien. Le silence. Et dans ce vide, les couloirs se transforment en urinoirs de fortune. Une image insoutenable exposant en premier lieu les femmes à des risques d’infections.

À force, certains ont choisi. Ne pas venir travailler quand le corps appelle. Comment exiger de la rigueur, de la productivité, de la présence, à des agents dont la première préoccupation de la journée est de savoir où ils pourront aller faire leurs besoins ?

Notre enquête met à nu l’absurdité de la gestion. Quand une cuve se vide, il faut appeler un livreur. 20 000 FCFA par remplissage. Deux passages chaque semaine et demie en moyenne. Une logistique à bout de souffle, sans planification, sans anticipation. On gère l’urgence au lieu de régler le problème.

La matière fécale des usagers aux abords du ministère de la justice © DR

La question s’impose alors avec force. Pourquoi cette négligence ? Les agents de la Chancellerie ne sont-ils pas des citoyens à part entière ? Leur cadre de travail ne vaut-il pas celui des discours sur la performance et la modernisation de la justice ?

Une administration ne se mesure pas uniquement à la sévérité de ses sanctions. Elle se juge d’abord à sa capacité à offrir à ses agents les moyens élémentaires de travailler. L’eau fait partie de ces moyens. L’hygiène aussi. La sérénité surtout.

L’autorité ministérielle est directement interpellé. Tant que les lieux d’aisance resteront un obstacle, le service public en pâtira. On ne peut pas demander l’excellence quand on ne garantit pas le minimum. Jusqu’à quand cette situation va-t-elle perdurer ?

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