SOCIÉTÉ

Lambaréné : Quand la saison sèche rime avec escroquerie à la carpe pour les voyageurs

À Lambaréné, la saison sèche et l’afflux des grandes vacances ne riment plus seulement avec détente, mais aussi avec exaspération.

Dans la ville du grand blanc, les vendeurs de carpes sont au cœur d’une polémique grandissante, accusés de fomenter une véritable machination commerciale autour de ce poisson emblématique de l’Ogooué (Lates niloticus), pourtant tant apprécié des gastronomes, qu’il soit fumé, braisé ou servi en bouillon.

Chaque année, le scénario se répète aux différents débarcadères de la ville, à commencer par le plus célèbre d’entre eux, le débarcadère d’Isaac. Dès l’arrivée des pirogues gorgées de marchandises, les pêcheurs et revendeurs imposent leurs propres règles du jeu. Au fil du temps, ils ont mis sur pied un système d’escroquerie à ciel ouvert particulièrement bien rodé, ciblant en priorité les voyageurs de passage. Jugés plus crédibles à duper que les habitants de la ville, qui connaissent parfaitement les rouages de ces stratagèmes, ces clients d’un jour deviennent les victimes désignées d’une tarification arbitraire.

Des voyageurs pris en étau par les vendeurs de poissons à Lambaréné © DR

L’arnaque est flagrante dès lors qu’un client potentiel s’arrête à bord d’un véhicule de transport. En constatant que l’acheteur n’est pas un habitant de Lambaréné, les commerçants n’hésitent pas à doubler, voire tripler leurs prix. En cette période de l’année, le kilogramme de carpe qui devrait normalement se négocier entre 1 000 et 1 500 FCFA au maximum, s’envole brutalement jusqu’à 3 000 ou 3 500 FCFA sous le prétexte fallacieux qu’il s’agirait de pièces d’exception. Le « Sans-Nom » (Distichodus fasciolatus) subit le même sort, grimpant de son tarif habituel de 1 500 FCFA à des sommets atteignant parfois 3 000 FCFA.

Le poisson appelé « Sans nom » © DR

Mais la hausse abusive des tarifs n’est que la face visible du problème. Les méthodes employées par ces vendeurs frôlent le vol pur et simple. Les balances sont truquées, des frais fictifs sont ajoutés sur le montant total, et les poissons vendus sont parfois avariés. La méthode d’agencement est tout aussi trompeuse : les plus belles pièces sont exposées au-dessus du tas pour appâter le client pressé. Dès que la transaction est conclue, les vendeurs profitent d’un moment d’inattention pour glisser du poisson pourri au fond du sac. L’acheteur malheureux ne découvre la supercherie qu’une fois arrivé à destination, bien trop tard pour réclamer.

À cette malhonnêteté systématique s’ajoute une agressivité verbale permanente. Quiconque ose contester les prix ou vérifier la qualité de la marchandise se heurte immédiatement à l’hostilité et aux insultes des revendeurs. Face à ces abus répétés ternissant la réputation de la ville, les riverains et les usagers espèrent un assainissement rapide du secteur, porté entre autres par l’application stricte du récent arrêté municipal interdisant désormais la vente de poisson dans les brouettes.

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