SOCIÉTÉ

Franceville : Étranglé par la misère, un vigile cède à la tentation et cambriole l’Hôtel de Ville qu’il gardait

FRANCEVILLE — « Trois mois sans salaire, vous savez ce que c’est quand vous avez une famille à nourrir et un loyer qui tombe ? » Dans les allées du marché central de Franceville, à quelques mètres seulement de l’Hôtel de Ville, la condamnation d’Alain Bignoumba suscite autant d’incompréhension que d’amertume.

L’affaire semblait pourtant simple : un vol par effraction commis dans la nuit au cœur de l’institution municipale. À l’intérieur, un butin modeste composé de 430 000 FCFA, un ordinateur portable, deux ensembles de vêtements et des boissons. Les auteurs ? Un vigile de 46 ans, employé par la société Mpili Gardiennage, et son complice. Mais derrière les portes fracturées du bureau du maire, c’est le procès de la précarité qui s’est invité au tribunal.

Au sein des forces de l’ordre ayant mené l’enquête à la Direction Générale des Recherches (DGR), le profil du suspect n’a pas laissé insensible, malgré la gravité des faits.

« Quand nous l’avons interrogé après son interpellation à Akiéni, il n’avait pas le profil d’un grand bandit. Il répétait simplement qu’il n’en pouvait plus, que les dettes s’accumulaient chez lui et qu’il cherchait juste de quoi tenir », confie sous couvert d’anonymat un enquêteur proche du dossier.

Pour ses collègues de la sécurité privée, le passage à l’acte, bien que condamnable, est le résultat d’une pression devenue insupportable. Un agent affecté à un autre bâtiment public de la ville témoigne de leur quotidien miné par les retards de paiement :

« On nous demande de protéger des millions, des équipements chers, parfois jusqu’au bout de la nuit. Mais nous, on rentre les mains vides chez nous. Trois mois sans paye, c’est la faim qui a parlé à sa place. Alain a commis une faute grave, c’est sûr, mais son employeur l’a poussé à bout. »

Du côté des autorités locales, le préjudice dépasse largement la somme dérobée. La municipalité de Franceville pointe du doigt la trahison de la confiance accordée à un agent censé assurer la protection des lieux.

« C’est un choc pour toute l’équipe. Il avait les clés, il connaissait nos habitudes et le fonctionnement des services. Voir la confiance brisée de cette façon, avec des portes fracturées au sein même du bureau du maire, c’est désolant. La justice a fait son travail », déplore un administratif de la mairie.

Cependant, dans la rue, le regard porté sur cette affaire est beaucoup plus nuancé. Pour de nombreux résidents du Haut-Ogooué, la responsabilité est partagée entre le voleur et le système de sous-traitance qui régit le gardiennage.

« C’est facile de mettre un pauvre père de famille en prison à Yéné », s’emporte Justine, une commerçante du quartier. « Mais qui va sanctionner ces sociétés de gardiennage qui gardent l’argent des pauvres gens pendant des mois ? Si on payait les gens à temps, est-ce qu’on en arriverait là ? ».

Alors qu’Alain Bignoumba purge sa peine à la prison centrale de Yéné et que son complice est toujours recherché dans les zones d’orpaillage de la région, l’affaire laisse un goût amer. Elle remet en lumière le statut très vulnérable des agents de sécurité privée au Gabon : pas de primes, pas de protection sociale et des salaires distribués au compte-gouttes.

En confiant la protection de leurs locaux à des prestataires incapables de respecter leurs obligations envers leurs salariés, les institutions publiques continuent de s’exposer à des failles de sécurité majeures. Une question demeure désormais sur toutes les lèvres à Franceville : jusqu’à quand la sécurité des édifices publics reposera-t-elle sur des hommes que l’on pousse à bout ?

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