ÉCONOMIE

UBA / Le grand départ de l’indéboulonnable : Comment Tony Elumelu a fini par céder son trône

C’est un séisme de magnitude 10 sur l’échelle du capitalisme africain, le genre d'événement qu'on n'attendait plus qu'après l'apparition des voitures volantes. Tony Elumelu, l’indéboulonnable patriarche de l'United Bank for Africa (UBA), a décidé de passer la main à Emmanuel Nnorom. Pour les observateurs de la finance continentale, c'est un choc culturel : on avait fini par croire que le nom d’Elumelu était inscrit dans les statuts de la banque comme une clause d’éternité.

Pendant des décennies, Tony a régné sur UBA comme un monarque absolu du build-up bancaire. Il était partout : sur les affiches, dans les rapports annuels, sur Instagram avec ses costumes de créateurs impeccables, et surtout dans chaque décision, de la stratégie d’expansion panafricaine jusqu’au choix de la couleur des trombones (on exagère à peine).

Sa longévité aux commandes est devenue une telle constante qu’on se demande si le Conseil d’administration n’était pas simplement un fan-club chargé de valider ses éclairs de génie. Mais alors, pourquoi un tel bail à perpétuité ? Pourquoi avoir gardé les clés du coffre pendant tout ce temps, sans l’ombre d’un partage ? La réponse officielle tient en un mot magique : l’« Africapitalisme », ce concept ultra-médiatisé dont il s’est fait le prophète et qui consistait, visiblement, à penser que personne d’autre que lui ne pouvait sauver le secteur privé africain.

En coulisses, la vérité est sans doute plus humaine, presque touchante : Tony Elumelu souffrait visiblement du syndrome du « chef irremplaçable ». Comment confier son bébé à d’autres mains quand on est convaincu d’être le seul à savoir border l’enfant ? Partager le pouvoir, c’est prendre le risque d’être contredit, et quand on a l’habitude de voir le boardroom hocher la tête en cadence, la contradiction devient une hérésie.

Pendant des années, la transition est restée un concept abstrait chez UBA, une rumeur urbaine. Il aura fallu que le temps fasse son œuvre pour que le milliardaire accepte enfin de lâcher la télécommande. On souhaite bien du courage à son successeur, Emmanuel Nnorom. S’asseoir dans un fauteuil encore si chaud, moulé par des décennies d’hyper-présence, relève de l’exploit olympique.

Reste à savoir si Tony Elumelu saura vraiment rester dans l’ombre, ou s’il continuera à hanter les couloirs du siège, un œil sur les graphiques et un autre sur son successeur, juste pour s’assurer que l’Africapitalisme ne perd pas de sa superbe.

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