CNNII : 22 mois d’arriérés ou manipulation ? le dossier s’enflamme à Port-Gentil
La Compagnie Nationale de Navigation Intérieure et Internationale reste à quai. Le conflit, lui, prend de l'ampleur. Vingt-deux mois d'arriérés avancés par une partie du personnel. Des familles en détresse entre Libreville et Port-Gentil. Une entreprise affichant pourtant des recettes avec l'affrètement d'Elobey VI.
Depuis décembre 2023, des agents décrivent une vie sans revenu régulier. Des pères et mères de famille évoquent des enfants déscolarisés, des loyers impayés. Le scandale s’aggrave avec les prélèvements CNSS et CNAMGS maintenus sur les bulletins, sans reversement aux caisses concernées. Conséquence directe : plus de salaire, plus de couverture maladie, plus de droits à la retraite. Une insécurité totale.
Le sort des retraités suscite une émotion particulière. Des anciens ayant servi vingt ou trente ans sur l’Ogooué s’éteignent sans toucher leur pension.
En milieu de semaine écoulée, la tension est montée à Port-Gentil. Des grévistes pacifiques postés à l’entrée du site auraient été délogés manu militari par un détachement de gendarmes. L’ordre aurait été donné par Alexis Mpiga. Si les faits se confirment, la démarche heurte frontalement la Constitution. L’article 23 dispose : le droit de grève est reconnu aux salariés du secteur privé et aux agents publics pour la défense de leurs intérêts.
Mais une autre version des faits vient contredire le récit des 22 mois consécutifs. Une source proche de la direction affirme que deux mois de salaires auraient été versés d’un coup en juillet 2026, puis un salaire fin août, puis un autre fin septembre. Même les agents absents du service auraient perçu ces versements. Pour cette source, le chiffre de 22 mois sans interruption servirait à masquer des dettes personnelles. Elle soutient aussi que les salaires actuels proviennent des recettes propres des navires affrétés.
Alors, vérité ou manipulation ? La question renvoie à un point central : l’absence supposée d’agent comptable au sein de la CNNII. Sans agent comptable, aucun contrôle, aucune traçabilité de l’argent public. Cette faille nourrit tous les soupçons sur la destination des recettes d’Elobey VI. Est-ce cela que l’on appelle gérer ?
La direction invoque toujours une subvention étatique non décaissée et une lourde dette héritée. Des arguments insuffisants face à l’exigence de transparence.
Le dossier CNNII dépasse désormais le cadre social. Il devient un test de gouvernance. Il appelle des comptes certifiés, la nomination immédiate d’un agent comptable, la preuve du reversement CNSS et CNAMGS, et le respect strict du droit de grève. Sans cela, la relance de la souveraineté maritime restera un slogan vide.




