Un siècle de galère foncière effacé par 16 000 titres ? La réalité derrière la fête de Nzeng-Ayong
Libreville a vécu ce jeudi 22 octobre 2026 un moment fort. Au stade de Nzeng-Ayong, le Président Brice Clotaire Oligui Nguema a remis 16 000 titres fonciers à des familles gabonaises dans le cadre du programme de Régularisation Foncière de Masse (RFM).
Le chiffre marque les esprits. Pourquoi ? Depuis 1905, soit en plus d’un siècle, seulement 33 000 titres avaient été délivrés au Gabon. En une seule opération, l’État vient donc d’augmenter de près de 50% le stock national de titres.
Sur le plan symbolique et politique, le geste est inédit. Il concrétise une promesse : sécuriser enfin la propriété des ménages et réduire l’obstacle financier qui éloigne encore des milliers de Gabonais de la terre.Mais alors, si l’exploit est réel, est-il à la hauteur du problème ?
Que représentent 16 000 titres face à la demande ?
Combien de Gabonais vivent aujourd’hui sans titre, sur des parcelles occupées depuis des années, parfois des générations, sans aucune sécurité juridique ? Combien de dossiers sont encore en attente dans les services du cadastre ? Combien de conflits fonciers naissent chaque jour faute de document officiel ? 16 000 titres, c’est une accélération, mais est-ce suffisant pour absorber des décennies de retard ?
Le titre remis, et après ?
Le titre foncier sécurise, c’est vrai. Mais garantit-il l’accès aux services de base ? Un titre sans viabilisation, sans route, sans eau, sans électricité, change-t-il vraiment la vie d’une famille à Nzeng-Ayong, à Bikele ou à l’intérieur du pays ?
Et qu’en est-il du coût caché ? Une fois titré, le propriétaire devient imposable. Les taxes foncières qui suivent seront-elles supportables pour les ménages les plus modestes ? La sécurisation ne risque-t-elle pas de devenir une nouvelle charge ?
La réforme va-t-elle durer ?
L’autre question est celle de la suite. Cette opération de masse restera-t-elle une opération coup de poing ou s’inscrit-elle dans une réforme durable ? Les procédures simplifiées vont-elles se maintenir ? Les délais d’obtention, qui se comptaient en années, vont-ils réellement passer à quelques mois pour le citoyen lambda ?
16 000 titres fonciers, c’est bien. C’est même historique. Personne ne peut le nier. Le record est là, l’intention est là.
Mais pour des milliers de familles qui attendent encore, la vraie victoire ne sera pas le nombre de titres distribués un jour au stade, mais la capacité à obtenir son titre sans cérémonie, sans intermédiaire, à un guichet, en quelques semaines.
Le chantier est lancé. Il est immense. Est-ce suffisant ? Non. Est-ce un début indispensable ? Oui.




