CESEC : Le CNEPER en quête de légitimité face au grand ménage dans le « business de la foi » au Gabon ?
L’audience accordée, le jeudi 18 Juin 2026, à Libreville par Guy Bertrand Mapangou, président du Conseil Économique, Social, Environnemental et Culturel (CESEC), au bureau exécutif du Conseil National des Églises Pentecôtistes Évangéliques et de Réveil du Gabon (CNEPER) pose une question de fond : quel est le but réel escompté par cette démarche ?
Officiellement, cette structure faîtière créée en 2024 venait solliciter l’accompagnement de l’institution pour « renforcer la contribution des Églises à la vie nationale » et promouvoir des valeurs morales. Mais derrière les sourires protocolaires et la remise des statuts de l’organisation, l’initiative résonne surtout comme une urgence de respectabilité pour un courant religieux profondément ébranlé par les scandales.
Cette offensive de charme institutionnelle intervient en effet dans un climat de tolérance zéro imposé par les autorités de la 5ème République. En janvier dernier, le Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema a explicitement sifflé la fin de la récréation contre le « business de la foi », fustigeant les dérives, les nuisances sonores et le défaut de légalité de nombreuses maisons de culte. Pour le mouvement religieux d’Afrique centrale et du Gabon en particulier, le temps de l’impunité semble révolu : les contrôles administratifs se multiplient, et le flou juridique dans lequel prospéraient des dizaines de chapelles est désormais dans le collimateur de la justice.

Au-delà de la paperasse et des problèmes administratifs, c’est l’exemplarité même de certains leaders qui suscite l’indignation publique. Le Gabon a été le théâtre de plusieurs déboires judiciaires impliquant des pasteurs, prophètes et révérends de ce courant, poursuivis pour des affaires d’escroqueries financières massives sous couvert de la « théologie de la prospérité » ou d’escroquerie à la délivrance, d’abus de confiance, d’abus de faiblesse sur des fidèles vulnérables, et parfois même de mœurs. Ces dérives répétées ont fini par transformer certaines églises, aux yeux de l’opinion, en entreprises lucratives très éloignées de la spiritualité.
En rappelant fermement au CNEPER que le CESEC est une assemblée consultative et que son appui ne se fera que dans un cadre strictement institutionnel, Guy Bertrand Mapangou a subtilement renvoyé les leaders religieux à leurs responsabilités. Si ladite organisation prône une « vision commune » et la « cohésion », le chemin vers la réhabilitation morale sera long. L’intention affichée de s’inscrire dans le « respect des cadres républicains » devra d’abord se traduire par un assainissement interne rigoureux, loin des tribunaux et des pratiques mercantilistes, lesquels continuent de miner la crédibilité des Églises de Réveil au Gabon.




