ÉCONOMIE

EDITORIAL | « Grands diseurs, petits faiseurs » : Pourquoi la diaspora gabonaise peine à contribuer à la construction du pays ?

Une question fondamentale s’impose aujourd’hui à l’ensemble de notre communauté nationale : quand déciderons-nous enfin de penser le développement du Gabon de manière collective, méthodique et structurée ? Il est temps de mettre un terme définitif aux procès d’intention et à cette habitude stérile consistant à se renvoyer la balle entre citoyens résidant sur le territoire national et membres de la diaspora gabonaise.

Sur ce sujet, le comportement d’une frange importante de nos compatriotes de l’étranger suscite de légitimes interrogations. Trop souvent réputée pour son activisme cacophonique, ses joutes verbales à répétition et ses postures enflammées sur les réseaux sociaux, cette diaspora brille davantage par le bruit que par une contribution effective au développement du pays. Critique virulente à distance, rejet systématique des initiatives ou leçons de morale dispensées depuis les capitales occidentales : cette agitation politique permanente ne produit aucun résultat concret sur le quotidien des Gabonais. L’activisme n’a jamais remplacé une stratégie de développement.

L’ampleur du chantier de la reconstruction nationale est pourtant immense. Dans un tel contexte, il apparaît particulièrement facile, et foncièrement déloyal, de critiquer à tout va les livrables et les actions du Gouvernement lorsque le travail ne convient pas, alors même qu’on a délibérément refusé de s’impliquer dans les phases cruciales de conception, de planification et d’exécution. La critique ne prend toute sa valeur et sa légitimité que lorsqu’elle s’accompagne d’un engagement direct sur le terrain.

Pour sortir de cette impasse, résidents et diaspora doivent opérer une véritable mutation intellectuelle : passer de la protestation permanente à la gestion de projet. Nous devrions nous regrouper en équipes techniques multidisciplinaires pour chaque échelon territorial, qu’il s’agisse de la localité villageoise, du canton, de la commune, du département ou de la province.

Aucun Président de la République, aussi engagé soit-il, ne peut porter à lui seul le poids d’un pays entier, enfermé dans une tour d’ivoire avec une équipe, fût-elle composée des plus grands experts de la planète. Cette centralisation excessive du pouvoir alimente un sentiment récurrent d’injustice et donne l’impression néfaste que l’action présidentielle ne profite qu’aux départements dont les ressortissants sont représentés au sommet de l’État. L’implication citoyenne et territoriale reste le seul levier efficace pour corriger ces déséquilibres historiques.

Consolidons nos compétences et nos expertises respectives pour rédiger ensemble des propositions rigoureuses de cahiers des charges adaptées à nos localités. Laissons ensuite à l’équipe dirigeante sa prérogative d’arbitrer et d’allouer les moyens d’action selon les priorités stratégiques.

Qu’avons-nous à perdre à remplacer le bruit par une organisation du travail plus efficace ? Affrontons la réalité du terrain opérationnel, quitte à nous confronter sur la méthode : c’est là, et seulement là, que se bâtira l’avenir du Gabon.

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