Cibles numériques : Pétrole, manganèse, données… Le Gabon, nouveau eldorado des hackers ?
Depuis quelques mois, le Gabon apparaît de plus en plus dans les rapports des sociétés de cybersécurité. Ciblé non plus par hasard, mais avec méthode. Derrière les écrans noirs et les alertes rouges, une question revient : pourquoi le Gabon ? La réponse tient en trois mots que les experts du numérique répètent désormais : pétrole, manganèse, données. Trois leviers faisant du pays une cible à la fois stratégique et rentable.
Le Gabon reste l’un des principaux producteurs de pétrole du golfe de Guinée. Ses plateformes offshore, ses oléoducs et ses systèmes de facturation reposent aujourd’hui sur des réseaux informatisés. Une intrusion ne vise plus seulement à voler de l’argent. Elle peut servir à bloquer une production, à faire chanter un opérateur, ou à récupérer des données géologiques d’une valeur de plusieurs millions de dollars.
En 2024 et 2025, plusieurs tentatives d’hameçonnage ciblant des cadres d’entreprises parapétrolières basées à Port-Gentil ont déjà été signalées. Le manganèse, lui, fait du Gabon le deuxième producteur mondial. Les sites de Moanda et de Franceville sont de plus en plus connectés. Logistique, exportation, contrats avec les partenaires asiatiques et européens : tout passe par des serveurs.
Pour des groupes criminels ou des États voulant peser sur les chaînes d’approvisionnement mondiales, prendre la main sur ces flux est un moyen de pression direct. Un arrêt forcé, même de 48 heures, suffit à faire grimper les cours et à désorganiser un marché.Mais au-delà des ressources du sous-sol, c’est la donnée qui attire le plus. L’État a accéléré sa digitalisation. Téléprocédures, fichiers de l’administration, registres fonciers, données biométriques, systèmes bancaires. Chaque base piratée représente une mine d’informations exploitables : pour de l’espionnage économique, pour des fraudes, ou pour revendre sur le dark web. Le risque n’est donc plus seulement technique, il est de souveraineté.
Le gouvernement ne minimise pas la menace. Interpellé sur la recrudescence des attaques, le ministre de l’Économie numérique, Marc Alexandre Doumba, a tenu à rassurer tout en appelant à la vigilance. « Le Gabon est aujourd’hui une cible attractive en raison de ses ressources stratégiques et de l’accélération de sa transformation digitale. Nous ne pouvons plus considérer la cybersécurité comme une option. C’est une question de sécurité nationale. L’État mettra tous les moyens pour protéger nos infrastructures critiques et les données de nos concitoyens », a-t-il déclaré dans sa communication.
Les attaques récentes confirment cette montée en puissance. Les modes opératoires évoluent. On ne parle plus seulement de virus isolés, mais de campagnes coordonnées, souvent lancées depuis l’étranger, testant les failles des institutions, des entreprises et des infrastructures critiques. L’affaire du député Augustin Lobelle Yembi interpellé le 3 septembre 2026 à Kigali après un incident avec RwandAir et remis à la justice gabonaise le 6 septembre a d’ailleurs rappelé à quel point les déplacements et les échanges numériques des personnalités publiques gabonaises sont surveillés.
Face à cela, Libreville a engagé une réponse concrète. Le ministre a annoncé le renforcement de l’Agence Nationale de la Sécurité des Systèmes d’Information, des audits de sécurité dans tous les ministères et un plan de formation massif pour les agents publics. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema, a fait de la cybersécurité un axe majeur de la refondation de l’État.
Le Gabon n’est donc pas attaqué parce qu’il est faible. Il est attaqué parce qu’il a quelque chose à perdre. La question n’est plus de savoir si le pays sera visé à nouveau mais plutôt de savoir jusqu’où les pirates sont prêts à aller pour transformer le Gabon en eldorado numérique. Et s’il sera capable de verrouiller ses portes avant que le butin ne sorte.




