AGROPAG : Chronique d’un naufrage à 7 milliards aux frais du contribuable
La mort lente de la Société Agro-pastorale du Gabon (AGROPAG) s’apparente à un échec cuisant, un gâchis financier vertigineux chiffré à plus de 7 milliards de francs CFA sortis directement de la poche des contribuables. Lancée en grande pompe, cette structure publique s’impose désormais comme le symbole ultime du fiasco. Face à une telle gabegie, la question brûle toutes les lèvres : à qui revient réellement la faute ?

La démission fracassante de Raymond Ndong Sima ne saurait être balayée comme une simple querelle de clocher entre un président de conseil d’administration et son directeur général. En réalité, elle braque un projecteur cru sur les dérives et le manque de rigueur ayant gangrené de nombreuses initiatives nées durant la Transition.
Comment une entreprise censée incarner la relance agricole s’est-elle transformée en un gouffre financier ? Les révélations recueillies par notre rédaction dressent un tableau accablant : Sur le plan managérial et institutionnel, l’ancien Premier ministre affirme avoir convoqué cinq conseils d’administration en l’espace de trois mois sans jamais réussir à faire appliquer les délibérations, heurtant le refus catégorique de la direction générale.
Sur le plan financier et juridique, la gestion s’est faite au coup par coup. Outre des salaires impayés accumulés depuis plusieurs mois, des soupçons pèsent sur la gestion d’une enveloppe colossale de 9,2 milliards de francs CFA, tandis que l’ordonnance même instaurant la structure a été retoquée par le Parlement, illustrant la précipitation de la démarche.
Pendant que l’État actionnaire brille par sa passivité, les responsables se renvoient la balle. L’annulation de la conférence de presse très attendue par la Direction Générale n’a fait qu’amplifier les rumeurs et sceller la perte de crédibilité d’un projet mort-né.
L’histoire d’AGROPAG est celle d’un recyclage coûteux. Née en février 2026 pour remplacer la Société d’agriculture et d’élevage du Gabon (SAEG) — elle-même créée un an plus tôt —, AGROPAG a chassé sa devancière sans la moindre évaluation préalable. On a simplement rebaptisé l’entité sans en changer les failles, pensant qu’un changement de nom suffirait à garantir l’efficacité.
Cette méthode pose la question de la responsabilité des concepteurs de ces réformes. À quoi servent de telles manœuvres si la vision fait défaut ? L’action politique semble ici avoir précédé la réflexion, condamnant l’initiative à l’impasse.
Ce fiasco met également en lumière les effets pervers de certaines décisions institutionnelles, notamment la suppression de la fonction de Premier ministre. Privé d’une autorité d’arbitrage et de régulation intermédiaire, l’exécutif se retrouve incapable de trancher les crises internes avant qu’elles n’éclatent sur la scène publique.
Si certaines réformes pendant la Transition ont porté leurs fruits, d’autres s’avèrent être de véritables gouffres financiers conduits dans l’amateurisme. Il est urgent d’établir clairement les responsabilités de cet échec à 7 milliards, car refuser de regarder la vérité en face équivaudrait à faire payer indéfiniment la facture aux citoyens.




