D’où vient l’argent ?43 appartements à Dubaï, supercars et sociétés écrans : le secret de la fortune colossale de Fabrice Andjoua enfin dévoilé !
L’ombre des « biens mal acquis » continue de planer lourdement sur la famille de l’ancien président gabonais Omar Bongo. Une enquête d’envergure baptisée « OpenLux », coordonnée par le quotidien Le Monde et le consortium de journalistes OCCRP, met en lumière la fortune offshore de plusieurs millions d’euros discrètement bâtie par Fabrice Andjoua Bongo Ondimba. Directeur général du Budget de l’État gabonais entre 2020 et 2023, ce haut fonctionnaire a orchestré un système opaque contrastant violemment avec la réalité économique du Gabon et ses émoluments officiels.
Au sein de la dynastie Bongo, la démesure et la passion pour les véhicules d’exception semblent se transmettre de génération en génération. Omar Bongo, qui a gouverné le pays durant quatre décennies, était un collectionneur frénétique d’automobiles. Son fils Ali Bongo, renversé par le coup de Libération en août 2023, avait perpétué cette tradition. Des centaines de berlines de luxe, de SUV et de sportives, réparties entre Libreville et la région parisienne, alimentent depuis longtemps de lourds soupçons de détournements de fonds publics.
Fabrice Andjoua s’inscrit pleinement dans cet héritage de faste. Juste avant la chute du régime, en octobre 2023, il s’est fait expédier depuis le port d’Anvers en Belgique jusqu’à Libreville une Brabus GLE900 Rocket. Ce SUV ultra-rare, considéré comme le plus rapide du monde et produit à seulement 25 exemplaires, affiche une valeur supérieure à 400 000 dollars. Au-delà de l’automobile, l’ancien directeur du Budget s’est surtout constitué un gigantesque portefeuille immobilier à l’étranger. Les données consultées par l’OCCRP révèlent qu’il a acquis pas moins de 43 appartements à Dubaï pour un montant total avoisinant les 15 millions de dollars. Parmi ces transactions, 28 logements étaient situés dans la prestigieuse tour Sobha Creek Vistas Tower A, au cœur du quartier huppé de Meydan, tandis que dix autres appartements étaient logés dans le complexe de luxe Golf Town.
Ces investissements massifs s’avèrent totalement incompatibles avec les réalités de sa fonction. Un décret officiel de 2015 indique en effet que le plus haut fonctionnaire de l’État gabonais, même au sommet d’une carrière de trente ans, perçoit un salaire mensuel d’à peine 1 900 dollars, soit environ 1 095 000 francs CFA. Une telle rémunération rend impossible l’acquisition légitime de dizaines de propriétés dans l’une des villes les plus chères du globe.
L’affaire prend une tournure encore plus politique lorsque l’on examine l’entourage familial de Fabrice Andjoua. Sa mère n’est autre que Marie-Madeleine Mborantsuo, figure centrale du pouvoir et ancienne présidente de la Cour constitutionnelle du Gabon pendant plus de trois décennies. Les enquêteurs ont découvert que la mère et le fils ont créé ensemble une holding immobilière française nommée Nouo, propriétaire d’une vaste villa et d’un terrain de 754 m² à Bougival, dans une banlieue huppée de Paris. La maman est elle-même visée en France par une enquête judiciaire ouverte depuis 2014 pour blanchiment aggravé et détournement de fonds publics dans le cadre du dossier des biens mal acquis.
Pour structurer sa fortune, le concerné a multiplié les entités internationales. Il a notamment créé la société Epila SCI au Luxembourg en 2022, dont il est le bénéficiaire effectif, ainsi qu’une structure en Belgique finalement été dissoute en mai 2024 sans jamais avoir déposé ses comptes. Aux États-Unis, il a fondé More4LessExotics, une agence de location de voitures de luxe basée à Las Vegas proposant des Ferrari, des Lamborghini ou des Bentley pour des tarifs allant de 1 000 à 2 000 dollars la journée à Miami, New York et Boston.
Le filet judiciaire s’est toutefois resserré récemment. En mai 2026, le ministère de la Justice luxembourgeois a formellement confirmé l’ouverture d’une enquête préliminaire visant l’ancien directeur du Budget et un associé. Les chefs d’accusation sont particulièrement lourds : faux et usage de faux, blanchiment de biens, fraude fiscale aggravée et non-publication des comptes annuels. Informé de ces investigations, l’intéressé a tenté de réagir en engageant la dissolution de l’une de ses autres firmes luxembourgeoises, Autoword.
Depuis la fin du régime Bongo et l’avènement du pouvoir actuel, la traque des avoirs illicites de l’ancien clan présidentiel s’est considérablement intensifiée. Interpellé par les journalistes de l’OCCRP et du Le Monde pour s’expliquer sur l’origine de ces millions de dollars, Fabrice Andjoua a choisi de s’enfermer dans le silence, alors que les justices gabonaise et européenne continuent de disséquer ses flux financiers.




