Le mirage des milliards et le piège de la dette cachée : l’œil critique de Michel Ongoundou Loundah sur la transition budgétaire
La grand-messe budgétaire qui s’est ouverte au Parlement le 10 juin laisse un goût amer à ceux qui espéraient une rupture authentique dans la gouvernance du Gabon. En examinant le projet de loi de finances rectificative pour l’exercice 2026, l’opposition, par le canal du président du parti Réagir, Michel Ongoundou Loundah, pose un diagnostic sévère sur la trajectoire économique du pays. Le texte gouvernemental ramène le budget de l’État à 5 495,2 milliards de francs CFA, actant l'effondrement des promesses de grandeur de la Ve République naissante.
Pour Michel Ongoundou Loundah, cet ajustement n’a rien d’une simple routine technique. Il y a quelques mois à peine, le pouvoir présentait un budget initial « historique » de 7 233,3 milliards de francs CFA. Les tenants du régime vantaient alors une croissance spectaculaire de 7,9 %, une souveraineté retrouvée et une modernisation fiscale portée par la méthode dite du Budget Base Zéro. L’exercice actuel révèle une réalité bien plus prosaïque. En l’espace d’un trimestre, la bagatelle de 1 738,1 milliards de francs CFA s’est tout simplement volatilisée des prévisions officielles.
Le leader de Réagir refuse de voir dans ce fiasco une simple erreur d’aiguillage. L’analyse politique met en lumière un dilemme cruel pour la coalition UDB-PDG-CTRI au pouvoir. Soit les équipes économiques ont fait preuve d’un amateurisme flagrant en surestimant grossièrement les capacités réelles du pays, soit elles ont sciemment gonflé les chiffres pour fabriquer un outil de communication politique et impressionner l’opinion. Dans les deux cas, le réveil brutal face aux exigences du Fonds monétaire international brise le récit de la refondation et fragilise grandement la crédibilité des dirigeants.
L’inquiétude de l’opposition vire à l’indignation à la suite des récentes révélations partagées par la presse locale. Un examen minutieux du projet de loi rectificative a permis de découvrir, nichée à l’article 97, l’autorisation d’un emprunt obligataire de 857,85 milliards de francs CFA. Cette colossale opération de près de 1,5 milliard de dollars, arrangée par la Société Générale sur dix ans, a été passée sous silence lors des derniers Conseils des ministres et des points de presse du gouvernement. Pour Michel Ongoundou Loundah, cette omission délibérée s’apparente purement et simplement à de la dissimulation d’État.
La gravité de cet endettement occulte réside également dans son coût financier pour les générations futures. Les spécialistes estiment que le niveau de notation du Gabon et les conditions actuelles du marché pourraient imposer entre 95 et 110 milliards de francs CFA d’intérêts annuels. Au terme de la décennie, le contribuable gabonais aura ainsi remboursé près de 1 000 milliards de francs CFA d’intérêts, soit une somme supérieure au capital initialement emprunté. Cette facture astronomique est engagée sans le moindre débat public, sans présentation transparente devant la représentation nationale et sans que les citoyens ne sachent quels projets ou quelles entreprises bénéficieront de cette manne.
La cohérence des hommes politiques au pouvoir est elle aussi sévèrement interrogée par le président de Réagir. Le débarquement du ministre Henri-Claude Oyima, fervent défenseur du budget initial, au profit de son ancien collaborateur Thierry Minko, ressemble à une manœuvre de façade. Si le budget de 7 233 milliards était une chimère, la responsabilité devrait être partagée par l’ensemble de l’équipe qui l’a conçu. Au lieu d’une reddition de comptes globale, le jeu des chaises musicales ministérielles sert de paravent à l’échec collectif.
Pendant que les chiffres s’affrontent et se dissimulent dans les couloirs feutrés des ministères, la réalité quotidienne des Gabonais demeure inchangée. Les pénuries chroniques d’eau potable, l’accès aléatoire à l’électricité, la dégradation du réseau routier et l’effondrement des plateaux techniques dans les hôpitaux rappellent l’urgence sociale. Michel Ongoundou Loundah rappelle que la véritable performance d’un budget se mesure aux résultats concrets dans la vie des ménages, et non à l’abondance des superlatifs.
En fin de compte, cette transition budgétaire laisse apparaître une fracture profonde entre le discours officiel et les pratiques réelles. Au-delà des milliards volatilisés, c’est une part précieuse de la confiance démocratique qui s’est évaporée. L’analyse du leader de Réagir résonne comme un avertissement clair : dans le Gabon d’aujourd’hui, le devoir de vigilance citoyenne reste l’unique rempart contre une gouvernance qui préfère cacher ses dettes plutôt que d’assumer ses erreurs.




