SOCIÉTÉ

Libreville en chantier, des Gabonais à la rue : Et si on construisait « Libreville 2 » avant de tout bousiller ?

À Libreville, les bulldozers ne chôment pas. Quartier après quartier, les maisons tombent. L’objectif affiché est clair : rendre la capitale plus belle, plus fluide, plus moderne. Dégager les emprises, élargir les voies, donner un nouveau visage au Gabon. Sauf que derrière chaque mur abattu, il y a une famille. Et aujourd’hui, de plus en plus de Gabonais se retrouvent à dormir à la belle étoile. Alors la question se pose : pourquoi l’État démolit-il les habitations sans avoir prévu au préalable où reloger ceux qui y vivaient ?

On détruit la sueur du front de ceux ayant bâti pendant des années, mais on n’a pas encore ouvert les portes de logements sociaux. On parle d’embellir la ville, mais on oublie l’essentiel : des gens y habitent. Des pères, des mères, des enfants qui se retrouvent du jour au lendemain sans toit.

Il serait pourtant simple d’imaginer autre chose. Pourquoi ne pas penser à construire d’abord ? Une « Libreville 2 » en périphérie, avec des logements, de l’eau, de l’électricité, des routes. Des quartiers pensés pour accueillir, pas seulement pour déplacer. Puis, une fois les clés remises, engager les démolitions. Car oui, on connaît l’adage : « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs« . Le gouvernement le rappelle souvent pour justifier sa détermination à transformer la capitale. Et les travaux vont vite.

Partout, les engins avancent au pas de charge. La modernisation est en marche, c’est un fait. Mais à quel prix ? Le revers de la médaille, ce sont les cris qui montent. Des plaintes reviennent sans cesse : « on va où ? » Certains ont reçu une indemnisation qu’ils ont vite épuisée face au coût de la vie. D’autres assurent n’avoir rien touché du tout et en appellent directement à la sensibilité du Chef de l’État.

Le gouvernement se défend : les préavis auraient été donnés des mois, parfois des années à l’avance. Mais comment partir quand il n’y a nulle part où aller ? Beaucoup sont restés, espérant, s’accrochant, jusqu’à ce que la mesure tombe et les emporte avec elle.

Au fond, le problème n’est pas la volonté de moderniser, c’est la méthode. Détruire sans construire, déplacer sans accueillir, c’est condamner des familles à l’errance. Embellir la capitale ne devrait pas rimer avec sacrifier ses habitants. Avant de casser, ne vaudrait-il pas mieux bâtir ?

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