SOCIÉTÉ

L’hécatombe silencieuse de la scierie de Mouyamba : quand le bois vaut plus que la vie

À peine quatorze kilomètres séparent la ville de Lébamba du climat d'insécurité industrielle règnant à la scierie de Mouyamba, au cœur du département de la Louétsi-Wano dans la province de la Ngounié. En l'espace de seulement trois mois, le site forestier est devenu le théâtre d'une dramatique série noire marquée par trois accidents majeurs ayant coûté la vie à deux travailleurs.

Le dernier drame en date a emporté Arnold M.M., un citoyen gabonais de 40 ans mortellement touché lors d’une manœuvre. Cette répétition tragique ne relève plus du simple incident isolé, mais met en lumière une faillite sécuritaire systémique où la recherche d’une rentabilité maximale semble écraser la valeur de la vie humaine.

Sur le terrain, le quotidien des ouvriers témoigne d’un mépris criant des règles élémentaires de prévention et de protection. Les équipes de coupe et de manutention opèrent dans des conditions d’exposition maximale aux risques. Il est fréquent d’y observer des abatteurs manipulant des tronçonneuses et évoluant sous la menace de chutes de branches lourdes sans casque, sans gants, chaussés de simples souliers légers ou opérant pieds nus. Plus loin, des conducteurs manœuvrent des engins lourds en babouches, tandis que des ouvriers affrontent les projections de matière le corps recouvert de copeaux, vêtu de tenues de sport et de sandales d’intérieur.

Pendant que le rythme de production s’accélère et que les grumes s’accumulent sur le chantier, l’hôpital de Bongolo accueille à la chaîne les blessés de cette cadence infernale. Dans la bourgade, une omerta pesante s’est installée : la crainte des représailles ou de la perte d’emploi impose un silence amer, laissant les familles payer seules le prix fort de cette négligence généralisée.

Face à ce bilan tragique, l’inaction n’est plus une option. Une intervention rigoureuse des inspecteurs du travail s’impose pour mettre un terme à ces violations répétées, tout comme une prise de responsabilité immédiate de la direction de l’entreprise. Aucune impératif économique ne saurait transformer une activité industrielle en piège mortel, car aucun volume de bois exploité ne pourra jamais réparer les vies brisées.

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