POLITIQUE

Le PDG va-t-il exploser après le 27 novembre ? Le camp Ali Bongo a déjà son plan B

Le Parti Démocratique Gabonais arrive à un tournant. Son treizième congrès ordinaire se tiendra les 27, 28 et 29 novembre à Libreville. La date fut fixée le 22 octobre par Blaise Louembe, actuel président issu du congrès extraordinaire de janvier 2025, avec Angélique Ngoma comme secrétaire générale. L'échéance fut annoncée deux jours après un appel au dialogue lancé depuis Paris par Ali Bongo Ondimba.

Depuis l’avenue Foch, l’ancien président affirme une position constante. Il n’a jamais démissionné de la tête du PDG. Il demeure, selon ses statuts, président légitime depuis le congrès de décembre 2022. Il dénonce la réorganisation du 7 mars 2024, tenue à la Sablière alors que sa liberté de mouvement restait restreinte. Il conteste l’interprétation de sa déclaration de septembre 2024 sur un retrait de la vie politique, présentée par ses proches comme obtenue sous pression, alors que son épouse et son fils restaient détenus.

Face à cela, Blaise Louembe avance. Il a obtenu, le 30 octobre, une audience au Palais Rénovation. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema y a déclaré ne reconnaître qu’un seul PDG, celui présent à cette audience, non celui s’exprimant sur les réseaux sociaux. Le soutien présidentiel vaut, aux yeux de la direction actuelle, blanc-seing pour le congrès de novembre. Le parti, devenu deuxième force avec 16 députés contre 102 pour l’UDB après les législatives d’octobre 2025, veut ainsi acter son ancrage dans la majorité.

Le camp Ali Bongo, lui, prépare sa riposte. Et s’il décide de rompre tout lien à l’issue du congrès de Libreville, trois décisions majeures restent à sa portée.

Première décision possible : l’action en justice. Ali Akbar Onanga Y’Obegue, nommé par Ali Bongo secrétaire général et professeur de droit à l’UOB, dispose déjà d’une mise en demeure adressée en février puis actualisée en octobre. Le camp de Paris peut saisir le tribunal de Libreville afin de faire constater l’irrégularité du congrès extraordinaire de janvier 2025 et l’invalidation du congrès de novembre pour non-respect des statuts. L’article 64 de la loi n°016/2025 du 27 juin 2025 sur les partis politiques permet même de demander la suspension du récépissé du PDG en cas de bicéphalisme avéré. Un tel recours gèlerait toute légitimité issue du 27 novembre.

Deuxième décision possible : la création d’un pôle autonome. Le camp Ali Bongo peut proclamer l’existence d’un PDG fidèle aux textes, avec ses propres instances, son propre bureau, ses fédérations de l’étranger. Ce pôle, adossé à l’histoire du parti fondé en 1967 par Omar Bongo Ondimba, revendiquerait l’héritage moral et patrimonial. Il incarnerait alors la seule opposition issue de l’ancien parti au pouvoir, face à un PDG version Louembe rallié à la majorité présidentielle. La lettre ouverte du 25 octobre d’Onanga Y’Obegue allait déjà dans ce sens, en proposant des assises de réunification puis en actant l’existence d’une direction de fait à Libreville.

Troisième décision possible : le recours international et mémoriel. Le camp Ali Bongo peut interdire l’usage du sigle PDG à l’étranger, conserver les archives, les symboles, et entretenir un réseau diplomatique. La rencontre discrète de début octobre entre Ali Bongo et Denis Sassou Nguesso au Bristol, puis avenue Foch, montre que l’ancien chef de l’Etat demeure un interlocuteur sous-régional. Ce capital peut servir à maintenir une pression politique sur Libreville, à alerter l’Internationale socialiste et les partenaires historiques.

En somme, si le camp Louembe décide de couper définitivement le cordon à l’issue de novembre, le camp Ali Bongo ne se trouvera pas sans arme. Il détient la légalité statutaire, l’argument du droit, et la mémoire du parti. Il peut transformer un congrès de rupture en acte de naissance d’une scission durable, avec deux formations revendiquant le même nom, le même drapeau, la même devise : Dialogue, Tolérance, Paix.

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