SOCIÉTÉ

Gabon : Par peur du toucher rectal, des hommes de plus de 50 ans meurent du cancer de la prostate

Après le raz-de-marée rose d'octobre, le bleu de novembre peine à trouver sa place. Tout le Gabon s'est paré de rose pour la lutte contre le cancer du sein. Pour la santé masculine, le silence domine.Le contraste reste saisissant.

En octobre, les femmes se sont mobilisées par milliers. Dépistages gratuits pris d’assaut à Libreville, Owendo, Akanda, Ntoum, Mouila, Port-Gentil, Franceville… marches sportives, conférences, témoignages forts. Les Gabonaises ont brisé le tabou. Elles ont parlé, elles se sont fait dépister.

En novembre, où sont les hommes ? Dans les centres de dépistage, les files d’attente restent clairsemées. À l’Institut de Cancérologie de Libreville, au CHUL, dans les cliniques privées, les médecins constatent le même phénomène : les hommes ne viennent pas. Pourtant, l’urgence demeure.

Selon les données du Programme National de Prévention et de Contrôle des Cancers, le cancer de la prostate est devenu le premier cancer masculin au Gabon, devant le cancer du foie et le cancer colorectal. Il représente une des premières causes de mortalité masculine après 50 ans.

Parler de prostate ou de testicules touche à l’intimité profonde. Dans notre société, l’homme doit rester fort, invulnérable. Le dépistage passe alors pour un signe de faiblesse. Le toucher rectal, examen de référence, reste perçu comme une atteinte à la dignité et à la virilité. Alors on préfère le silence.

Octobre Rose bénéficie depuis dix ans d’une médiatisation massive. Chacun connaît le geste d’autopalpation. Novembre Bleu demeure méconnu. Peu d’hommes savent qu’un simple dosage du PSA, une simple prise de sang, permet de détecter le cancer des années avant les premiers symptômes. La campagne reste peu vulgarisée, peu expliquée, peu présente dans les entreprises et les administrations.

Aspect culturel bien ancré. Tant que la douleur reste supportable, pas de consultation à l’hôpital. On attend que les troubles urinaires deviennent handicapants, que le mal de dos devienne atroce, que la maladie ait déjà progressé. La prévention ne fait pas partie des habitudes masculines.

Face à ce constat, les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme. Le Ministère de la Santé et l’Institut de Cancérologie de Libreville ont lancé depuis le 1er novembre des campagnes de dépistage gratuit et de sensibilisation dans plusieurs administrations et entreprises du Grand Libreville.

Le message reste simple : un cancer de la prostate dépisté tôt offre plus de 90% de chances de guérison. Dépisté tard, ce taux chute à moins de 30%.Novembre Bleu ne concerne pas seulement les hommes. Il concerne les familles, les couples, la Nation entière.

Les femmes ont montré la voie en octobre en brisant le tabou du sein. Aux hommes maintenant de briser celui de la prostate en novembre.Messieurs, vous avez porté le rose pour vos épouses, vos mères, vos sœurs.

En novembre, portez le bleu pour vous-même. Le dépistage reste gratuit. La honte, elle, tue.

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