Grand Marché de la Peyrie : 550 places, mais pour qui ? Les Gabonaises auront-elles leur marché ou on refait le coup de Mont-Bouët ?
La construction du futur Grand Marché de la Peyrie entre dans sa phase décisive. Impulsé par le Président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, ce complexe de trois niveaux promet 400 étals, 150 magasins, des dépôts au rez-de-chaussée et un parking de 1 000 à 2 000 places. Les voies d'accès sont déjà réalisées à 80% en béton armé jusqu'au rond-point du site. Le 19 octobre dernier, le maire de Libreville Eugène M'ba est venu sur le chantier pour exiger le respect des délais.
Mais au-delà du béton, une question agite déjà les commerçantes : à qui appartiendra vraiment ce marché ?
La question n’est pas anodine. Au marché Mont-Bouët, le plus grand de la capitale, la réalité est connue de tous. Les box et les meilleurs emplacements sont en grande partie tenus par des commerçants venus d’ailleurs, issus en majorité de l’immigration, tandis que de nombreuses Gabonaises peinent à obtenir une simple table.
Or, le contexte a changé. Le 12 août 2025, le Conseil des Ministres a décidé de réviser la réglementation sur les métiers réservés aux nationaux pour en garantir l’exercice exclusif par les Gabonais, y compris dans le commerce. Cette orientation a été traduite sur le terrain. Lors de l’inauguration du marché CTRI d’Oloumi le 31 janvier 2025, puis lors de la crise d’Oloumi fin octobre 2026, le maire Eugène M’ba a été clair : les nouveaux marchés municipaux sont conçus pour répondre aux difficultés des Gabonaises à trouver des places et sont exclusivement réservés aux ressortissants gabonais, conformément aux orientations du Chef de l’Etat.
Le Grand Marché de la Peyrie sera donc le premier test grandeur nature de la doctrine du « Gabon d’abord » dans le commerce.
Sera-t-il prioritairement attribué aux commerçantes gabonaises, comme il l’était historiquement à l’ancienne Peyrie avant sa démolition ? Ou reproduira-t-il le modèle de Mont-Bouët, où la formalité cache une domination étrangère ?
La réponse dépendra du mode d’attribution des 550 espaces commerciaux. Si l’accès reste conditionné à l’ouverture d’un compte à la BCEG avec 25 000 FCFA comme à Oloumi et à une carte de commerçant gabonais, la préférence nationale sera respectée. Si les sous-locations et les prête-noms sont tolérés, le plus moderne des marchés de Libreville ne sera qu’un Mont-Bouët bis.
Pour l’heure, la mairie assure que l’attribution sera transparente. Les commerçantes attendent de voir.




