Permis de conduire digitalisé : le pari de Renguila Ikana à l’épreuve du terrain
La question mérite d’être posée. Madeleine Orlane Renguila Ikana, à la tête de Rengus Digital, réussira-t-elle son pari de la digitalisation du permis de conduire au Gabon ?

Lancée en grande pompe le 24 mars 2026 au stade de l’Amitié d’Angondjé, avec un enrôlement symbolique du Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema lui-même, l’opération avait démarré fort. Portée par Rengus Digital, en partenariat avec la Direction générale des transports terrestres et l’ANINF, la réforme promettait une révolution : carte PVC au format carte bancaire, double QR code, puce NFC, hologramme, numéro unique et traçabilité des infractions.
Et l’engouement a été réel. Dans les centres d’enrôlement de Libreville, du gymnase de Petit-Paris à la mairie du 2e arrondissement, en passant par la DGDI, le stade d’Angondjé et l’école de police d’Owendo, les files ne désemplissaient pas. En quelques semaines seulement, plus de 4 500 usagers s’étaient fait enrôler. Le délai annoncé était respecté, sept jours pour récupérer son nouveau titre, paiement exclusif via Mobile Money pour garantir la transparence et alimenter directement le Trésor public. L’opération devait générer à terme plus de 5 milliards de francs CFA et mettre fin à l’ère du fameux papier rose et des réseaux de fraude.
Six mois plus tard, le tableau s’est assombri. Le 21 septembre 2026, le ministère d’État aux Transports, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi, a annoncé la suspension temporaire des enrôlements. Officiellement, il s’agit de procéder à un point général et de corriger les insuffisances constatées.
Dans les faits, la machine s’est grippée à l’autre bout de la chaîne. Selon les chiffres du ministère, 6 993 permis déjà édités attendent toujours d’être retirés par leurs bénéficiaires au Centre national d’édition et de délivrance des documents de transport. Un stock dormant illustrant le goulot d’étranglement entre l’enrôlement et la distribution. À cela s’ajoutent des difficultés de terrain relevées par le quotidien L’Union, l’exigence de la carte nationale d’identité électronique que beaucoup de Gabonais ne possèdent toujours pas et le lancement d’une opération nationale sans phase pilote.
Pour Renguila Ikana Madeleine Orlane, fondatrice de Rengus Digital depuis 2009 après un premier succès au Congo, l’enjeu dépasse la technique. Cette entrepreneure, ayant fait de la transparence son cheval de bataille, avait elle-même reconnu que le numérique bouscule des habitudes bien ancrées dans l’administration.
La réforme voulue par le Président Oligui Nguema comme emblématique de la Ve République n’est donc pas abandonnée, mais elle est à la croisée des chemins. La suspension n’annule pas les titres déjà délivrés, mais elle interroge la suite. Entre succès populaire initial et saturation logistique actuelle, le pari de Rengus Digital se joue désormais sur sa capacité à résorber le retard et à tenir la promesse d’un service public plus rapide, plus sécurisé et plus proche des citoyens.




