Affaire Bilie-By-Nze : L’Europe et l’Afrique appelées à la rescousse, coup de bluff ou vrai espoir pour l’opposant gabonais ?
L’incarcération d’Alain-Claude Bilie-By-Nze prend désormais une tournure internationale. Détenu de manière préventive depuis le 16 avril dernier, l’ancien Premier ministre et figure de proue de l’opposition gabonaise a officiellement saisi la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ce vendredi 22 mai. Cette démarche, annoncée par son équipe juridique, s’accompagne de signalements auprès de l’ONU et des autorités françaises.
Officiellement, le président du parti Ensemble pour le Gabon est poursuivi pour des soupçons d’abus de confiance et d’escroquerie. L’affaire remonte à 2008, époque où, alors député, il gérait l’organisation d’un événement public. Face aux lenteurs financières de l’État, les organisateurs avaient avancé leurs propres fonds. Aujourd’hui, l’un des participants l’accuse de ne jamais l’avoir remboursé. Pour la défense, l’argument ne tient pas la route. Son avocat parisien, Arthur Vercken, dénonce une « horreur juridique » et soutient qu’aucun de ces éléments ne constitue une infraction pénale en droit gabonais, encore moins un motif de détention provisoire pour un homme d’État.
En réalité, ses proches voient dans cette arrestation une riposte purement politique. Avant d’être écroué, Alain-Claude Bilie-By-Nze s’était fermement opposé à la suspension des réseaux sociaux et à la réforme du code de la nationalité par ordonnance, fustigeant une dérive autoritaire du pouvoir en place. De son côté, la présidence gabonaise, par la voix de son porte-parole Théophane Nzame-Nzé Biyoghé, botte en touche et invoque l’indépendance de la justice, affirmant que le dossier ne concerne en rien l’exécutif.
Après le rejet en bloc de ses recours locaux par la cour d’appel de Libreville le 15 mai dernier demandant sa libération et l’annulation des procédures, la Commission africaine (CADHP) restait l’un de ses derniers leviers. Sur le papier, il dispose d’arguments solides, notamment si la Commission estime que sa détention viole la Charte africaine des droits de l’homme, en particulier le droit à un procès équitable et la liberté d’expression. L’instance peut exiger des mesures provisoires ou presser le Gabon de justifier cette incarcération.
Toutefois, la victoire risque d’être plus symbolique que politique. Les décisions de la Commission africaine, bien qu’historiquement influentes, se heurtent souvent à un manque de mécanismes contraignants pour forcer les États à s’exécuter. Si Libreville décide d’ignorer les recommandations en s’abritant derrière sa souveraineté judiciaire, la situation de l’opposant pourrait s’enliser. Le véritable gain de cause réside donc ailleurs : en internationalisant l’affaire, la défense cherche à transformer un dossier de droit commun en un symbole de persécution politique, augmentant ainsi la pression diplomatique sur le pouvoir gabonais.




