Affaire Santullo : La justice française siffle la fin de la guérilla juridique pour le Gabon
L'affaire Santullo, ce feuilleton juridico-financier qui empoisonne les relations entre l'État gabonais et les héritiers de l'homme d'affaires italien Guido Santullo depuis près d'une décennie, vient de connaître un tournant décisif devant les tribunaux français en ce mois d'avril 2026. Alors que Libreville semblait avoir repris la main sur le terrain de la moralité publique, la justice française a récemment sonné la fin de la récréation procédurale, plaçant l'État gabonais dans une position délicate.
Tout commence par une dette colossale réclamée par le Groupement Santullo-Sericom pour des chantiers d’infrastructures routières réalisés sous l’ère d’Ali Bongo. En 2019, une sentence de la Chambre de commerce internationale (CCI) condamnait initialement le Gabon à verser près de 90 milliards de francs CFA au groupe italien. Toutefois, en avril 2022, la Cour d’appel de Paris créait un précédent majeur en annulant cette sentence, estimant qu’il existait des indices graves et concordants de corruption ayant entaché l’obtention des marchés publics par Guido Santullo. À cette époque, la France envoyait un signal fort : aucune sentence arbitrale ne peut être exécutée si elle est le fruit d’un pacte de corruption.
Le changement de régime au Gabon, survenu en août 2023, a radicalement modifié la stratégie juridique de Libreville. Plutôt que de poursuivre une guérilla judiciaire incertaine, les nouvelles autorités de la transition ont opté pour la voie transactionnelle. En 2025, un accord cadre a été signé entre l’État gabonais et les héritiers Santullo, prévoyant un apurement progressif de la dette en échange de l’arrêt de toutes les poursuites, notamment en Suisse où le dossier a été officiellement classé en août 2025 suite au retrait de la plainte du Gabon. Cet accord, validé par le Tribunal judiciaire de Paris, devait marquer le point final de la discorde.
Cependant, l’actualité la plus brûlante montre que l’exécution de cet accord ne s’est pas faite sans heurts. Selon les dernières décisions rendues à la mi-avril 2026, la Cour d’appel de Paris a fermement sanctionné l’État gabonais pour ce qu’elle qualifie de « procédure abusive ». Après avoir validé l’accord transactionnel l’année précédente, Libreville a tenté de nouvelles manœuvres juridiques pour en bloquer l’exécution forcée. Les magistrats français ont estimé que ces contestations tardives, remettant en cause des engagements que l’État avait lui-même signés et fait homologuer, constituaient une instrumentalisation manifeste de la justice.
À ce jour, la justice française impose donc au Gabon de respecter scrupuleusement ses engagements financiers envers le Groupement Santullo. Le bouclier de la « corruption », si efficace en 2022, ne peut plus être invoqué dès lors qu’un État souverain choisit délibérément de transiger avec ses créanciers. Cette décision marque une étape cruciale : elle rappelle que si la lutte contre la corruption est un impératif, la sécurité juridique des transactions internationales l’est tout autant. Pour le Gabon, l’heure n’est plus à la contestation, mais au règlement d’une facture qui, au fil des intérêts et des pénalités, continue de peser lourdement sur les finances publiques.




