Soupçons de Fraude électorale / Des magistrats au cœur du scandale : l’institution judiciaire gabonaise éclaboussée
Le premier tour des élections législatives et locales, organisé le 27 septembre écoulé, s’est transformé en un véritable scandale, pointant du doigt non pas de simples dysfonctionnements, mais une implication directe de membres de l’institution judiciaire. La polémique se cristallise autour des magistrats présidant la majorité des commissions électorales locales, et qui sont aujourd’hui soupçonnés d’avoir orchestré ou facilité des fraudes massives.
Présenté comme une étape cruciale vers la normalité institutionnelle, le scrutin a rapidement viré à la contestation généralisée. Le cœur du problème ? Le rôle controversé des présidents de commissions électorales, majoritairement issus du corps judiciaire. Ces magistrats, dont la mission première est de garantir l’impartialité et la légalité du vote, sont désormais soupçonnés d’avoir abusé de leur position pour valider des irrégularités flagrantes.
Les témoignages sont accablants : procurations en série accordées à des défunts ou des absents du territoire, des individus détenant jusqu’à 300 procurations, bureaux de vote fermés sans motif, et procès-verbaux contestés. Ces dérives, selon des sources concordantes, seraient directement liées à l’action de ces juges. Des enquêtes administratives suggèrent que plusieurs d’entre eux auraient perçu des « avantages indus » en échange de leur complicité dans la fraude.
Un politologue gabonais résume l’onde de choc : « Ce qui choque, c’est que ceux qui étaient censés garantir la neutralité du processus se retrouvent accusés d’en être les artisans du chaos ». L’image de la justice, déjà fragilisée par sa proximité perçue avec le pouvoir, s’en trouve lourdement écornée.
Face à l’ampleur des dénonciations, les autorités ont été contraintes d’agir. Près d’une dizaine de présidents de commissions ont été remplacés pour « fautes graves constatées », un aveu implicite des irrégularités massives. Parmi ces magistrats démis de leurs fonctions figurent ceux de la capitale et de l’intérieur du pays :
Aude Bauguidzogo (4ᵉ arrondissement de Libreville) ;
Élie Nazaire Békalé (5ᵉ arrondissement de Libreville) ;
Navaress Mondjo (1er arrondissement de Ntoum) ;
Oswald Ossoungou Oloungou (département de Lékoni-Lékori, Akieni) ;
Paterne Sougou (département de la Douigny, Moabi), et bien d’autres.
Un cas particulier alimente toutefois les soupçons d’impunité : Ada Obiang Perrine, présidente de la commission du 6ᵉ arrondissement de Libreville. Malgré de multiples plaintes contre sa gestion du scrutin, elle n’a pas été remplacée. Des sources proches du dossier évoquent une possible « protection » au sein de l’appareil administratif, soulevant des questions sur la sélectivité des sanctions.
Alors que le gouvernement tente de regagner la confiance des citoyens, ce scandale tombe au plus mauvais moment, exposant les fragilités chroniques du système électoral. Au-delà des élections, c’est l’indépendance de la justice gabonaise qui est directement remise en cause.
Si le ministère de la Justice reste silencieux, des sources internes évoquent la possibilité de sanctions disciplinaires, voire pénales à l’encontre des magistrats incriminés. L’affaire pose la question fondamentale : comment restaurer la confiance dans un processus démocratique quand ceux-là mêmes devant veiller à sa pureté sont accusés de l’avoir perverti ?




