Réforme du Code de la nationalité : La question de l’autochtonie haoussa enflamme l’opinion
Alors que le Gabon entame une transition décisive vers la « Restauration des Institutions », l’ordonnance du 26 février 2026 portant modification du Code de la nationalité a ouvert une boîte de Pandore identitaire. Au cœur de la discorde : la reconnaissance implicite de la communauté haoussa comme ethnie autochtone, une disposition qui suscite une levée de boucliers sans précédent au sein de la population et de la société civile.
Le climat social s’est brusquement tendu ces derniers jours à Libreville et à l’intérieur du pays. En cause, les interprétations liées à l’article 2 de la nouvelle ordonnance présidentielle sur la nationalité. En redéfinissant l’« ascendance autochtone » à travers des critères biologiques, linguistiques et historiques, le texte semble inclure de facto les populations établies sur le territoire avant la mise en place des institutions étatiques modernes. Selon de nombreux observateurs, cette formulation valide officiellement l’appartenance des Haoussa au socle ethnique ancestral du Gabon.
La réaction ne s’est pas fait attendre. Sur les réseaux sociaux et dans les places publiques, la contestation est virulente. Des collectifs de citoyens et des leaders d’opinion dénoncent ce qu’ils qualifient de « réécriture de l’histoire ».
« Nous ne nions pas que nos frères Haoussa sont des citoyens gabonais à part entière, mais l’autochtonie suppose une antériorité historique liée aux terres ancestrales du Gabon bien avant les flux migratoires commerciaux du XIXe siècle », confiait récemment un activiste culturel.
Une pétition circulant en ligne, intitulée « Les Haoussa ne sont pas une ethnie autochtone du Gabon », a déjà recueilli des milliers de signatures. Les contestataires craignent que cette reconnaissance n’altère l’équilibre sociologique du pays et ne crée un précédent juridique ouvrant la voie à d’autres revendications similaires.
Du côté des partisans de la réforme et au sein de ladite communauté dont certains membres sont établis, notamment à Oyem et Libreville, depuis plusieurs générations on invoque une réalité sociologique incontestable. Ils rappellent que le Chef de l’État, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, avait déjà souligné en juillet 2024 que « les Haoussa sont des Gabonais ».
Du côté des défenseurs du texte, l’intégration par le lien linguistique et la présence séculaire répondent aux critères de l’ordonnance. Ils y voient une mesure de justice sociale visant à mettre fin à une forme de marginalisation administrative pour des populations n’ayant d’autre patrie que le Gabon.
Au-delà de la question, c’est toute l’architecture du nouveau code qui interroge. La distinction entre Gabonais « d’origine », « d’adoption » et « d’affiliation » est perçue par certains comme une hiérarchisation risquée de la citoyenneté. Alors que le texte doit encore être examiné par les deux chambres du Parlement, les appels au calme et à la concertation se multiplient.
Pour La Une Média Gabon, l’enjeu est désormais de savoir si le législateur saura concilier la « restauration identitaire » prônée par le pouvoir en place avec l’impératif d’unité nationale, sans sacrifier la cohésion sociale sur l’autel des définitions juridiques.




