SOCIÉTÉ

Nouvelle mercuriale au Gabon : de la poudre aux yeux pour des assiettes toujours vides ?

On nous promettait une bouffée d’oxygène, on nous sert finalement un étouffement programmé. La publication récemment de la nouvelle mercuriale des produits de grande consommation au Gabon ressemble davantage à une mauvaise plaisanterie qu’à une véritable mesure de lutte contre la vie chère. Alors que les ménages espéraient un signal fort, ils se retrouvent face à des tarifs ne faisant que valider leur précarité croissante. De qui se moque-t-on exactement lorsque le panier de la ménagère devient un luxe inaccessible pour le citoyen moyen ?

Dans le secteur des viandes et poissons, les chiffres donnent le vertige. Comment peut-on parler de régulation quand le kilogramme d’ailes de poulet s’affiche encore à 1 700 FCFA au détail ? Pour de nombreuses familles, le plat considéré autrefois comme étant celui du pauvre est en passe de devenir un mets de célébration. Le pilon, dépassant les 1 400 FCFA, et le bar importé, trônant fièrement autour de 1 800 FCFA, confirment que l’accès aux protéines animales est désormais filtré par le portefeuille. Même la sardine en boîte, ce dernier rempart de l’étudiant et du travailleur modeste, vacille entre 310 et 385 FCFA l’unité. C’est une érosion lente mais certaine du droit à une alimentation équilibrée.

Le constat est tout aussi amer pour les produits secs. Exemple : le riz parfumé, base incontestable de l’alimentation nationale, franchit des seuils psychologiques dangereux. En acheter presqu’aux mêmes tarifs est une insulte à la réalité des salaires locaux. L’huile raffinée, indispensable à chaque foyer, joue les équilibristes entre 1 000 et 2 000 FCFA selon le format. Quant au sucre, dont le prix oscille entre 825 et 950 FCFA le kilo, il finit de saboter le petit-déjeuner des Gabonais. L’État semble acter la cherté plutôt que de la combattre, laissant le consommateur seul face à des importateurs dictant leur loi.

Le point le plus critique de cette mercuriale concerne sans doute les produits laitiers et infantiles. Avec des prix dépassant parfois les 2 000 FCFA pour le lait en poudre ou concentré, on touche à l’essentiel : la santé des plus jeunes. Pour un parent, ces dépenses sont incompressibles. En laissant ces tarifs atteindre de tels sommets, on fragilise la croissance de toute une génération. Les pâtes alimentaires, bien que présentées comme « abordables » à l’unité, deviennent un gouffre financier pour les familles nombreuses dès qu’on multiplie les rations nécessaires pour un seul repas.

Au bout du compte, cette nouvelle liste de prix ne règle rien. Elle ne fait que mettre en lumière l’échec d’une politique qui peine à sortir de la dépendance totale aux importations. Sans une volonté féroce de stimuler la production locale et de briser les monopoles de distribution, la mercuriale restera un simple document administratif déconnecté de la réalité des quartiers. Se nourrir ne devrait pas être un acte de bravoure financier, mais un droit fondamental respecté par ceux qui nous gouvernent.

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