SOCIÉTÉ

Bain de sang de 2016 : Pourquoi le Quai d’Orsay a-t-il choisi l’amnésie diplomatique ?

Près de dix ans après les événements tragiques ayant suivi la réélection contestée d’Ali Bongo en 2016, l’ombre du soupçon plane à nouveau sur les relations entre Paris et Libreville. Cette fois, ce n’est pas seulement la violence du régime de l’époque qui est en cause, mais le silence troublant, voire l’obstruction du ministère français des Affaires étrangères.

Alors que la gendarmerie française tente de faire la lumière sur cette répression sanglante, une question s’impose : qu’avait-on si peur de découvrir dans les archives du Quai d’Orsay ?

Rappelons les faits : le 31 août 2016, le Gabon bascule. Jean Ping conteste la victoire d’Ali Bongo, et la réponse ne se fait pas attendre. Le quartier général de l’opposant est transformé en zone de guerre : mitraillages depuis des hélicoptères, assauts au sol par des hommes cagoulés, tortures et exécutions.

Parmi les victimes, des binationaux déposent plainte en France. L’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité (OCLCH) entre en scène. Mais selon des révélations récentes, l’enquête aurait buté sur un mur administratif : le ministère des Affaires étrangères aurait « caviardé » ou dissimulé des documents essentiels.

Pourquoi un tel acharnement à faire disparaître les preuves ? Si l’on s’interroge sur les motivations de l’appareil Bongo de l’époque, plusieurs pistes émergent :Le maintien du « verrou » familial : En 2016, le clan Bongo tenait le pays depuis 49 ans. Une reconnaissance officielle de crimes contre l’humanité aurait brisé le vernis de légitimité internationale dont Ali Bongo avait désespérément besoin pour stabiliser son second mandat.

La dissimulation de la chaîne de commandement : Identifier les donneurs d’ordres derrière les hélicoptères et les unités d’élite aurait directement exposé le premier cercle de la présidence, voire Ali Bongo lui-même.

Le spectre de la complicité française : C’est ici que le bât blesse pour Paris. Pourquoi le Quai d’Orsay aurait-il entravé l’enquête de ses propres gendarmes ? Était-ce pour cacher la présence de conseillers français dans les rouages de la sécurité gabonaise au moment du carnage ? Ou pour préserver une stabilité régionale au prix de la justice ?

Ce « caviardage » de documents suggère que la vérité sur 2016 est une bombe à retardement. En refusant de livrer des pièces cruciales à la justice, l’administration française semble avoir prolongé, sous couvert de « secret défense » ou de « raison d’État », une forme de complicité passive avec les dérives de l’ancien régime.

« La diplomatie a ses raisons que la justice ignore, mais lorsque le sang a coulé, le silence finit toujours par ressembler à un aveu. » A-t-on relevé du site Internet Marianne.net

Aujourd’hui, alors que le Gabon a tourné une page de son histoire, le besoin de transparence reste entier. Ces documents manquants ne sont pas que des morceaux de papier ; ce sont les clés devant permettre enfin aux familles des victimes de faire leur deuil.

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