Mairie de Libreville : Pierre Matthieu Obame Etoughe vous ferme la porte si vous n’êtes pas « sapés » !
Alors que les populations font face à un coût de la vie de plus en plus étouffant, l’Hôtel de Ville de Libreville semble avoir trouvé sa priorité : l’apparence. Depuis le lundi 29 décembre 2025, le Maire Pierre Matthieu Obame Etoughe a décidé de dépoussiérer un décret de 2010 pour exiger que quiconque franchit le seuil de la mairie soit « tiré à quatre épingles ». Une mesure qui passe mal auprès des usagers et des agents, dénonçant une administration déconnectée des réalités sociales.
Désormais, pour obtenir un acte de naissance ou traiter un dossier administratif à Libreville, il ne suffit plus d’être citoyen, il faut être élégant et sentir bon. Sous couvert de préserver la « dignité » de l’institution, l’Exécutif municipal a durci le ton sur les contrôles vestimentaires. Fini les sandales (les fameuses « sans confiance »), les tenues décontractées ou les vêtements de travail marqués par l’effort. Pour entrer, le protocole exige le costume, la veste, l’abacost ou le boubou de cérémonie pour ces messieurs, et le tailleur ou le pagne guindé pour ces dames.
Cette rigueur, confinant à l’élitisme, soulève une vague d’indignation. En exigeant des « chaussures de ville » et des tenues de cérémonie, la mairie dresse une barrière invisible mais bien réelle devant les citoyens les plus démunis. Comment exiger d’un mécanicien, dont la tenue porte les stigmates de son gagne-pain, ou d’un usager en difficulté financière, de se transformer en gravure de mode pour accéder à un service public ?
Beaucoup y voient une insulte à la condition sociale de nombreux Librevillois. Comme le soulignent plusieurs usagers, elle ne contribue pas à garnir leur garde-robe ; elle n’aurait donc aucune légitimité à leur imposer un standing financier qu’ils n’ont pas.
Le malaise est tout aussi palpable à l’intérieur des bureaux. Si le Maire entend réaffirmer la « discipline administrative » et la « bienséance », les agents municipaux, eux, rappellent une réalité plus prosaïque : celle de leurs portefeuilles. Avec des salaires jugés insuffisants pour maintenir un tel niveau de représentation quotidien, l’obligation du costume-cravate ressemble à une charge financière supplémentaire injustifiée.
Bien que le décret n°296/MBCPFPRE du 30 juin 2010 serve de base légale à cette décision, son application stricte en 2026 interroge. Est-ce vraiment en forçant les usagers à porter des chaussures cirées que l’on modernise le service public ?
En privilégiant l’esthétique des couloirs à l’accessibilité de l’administration, la mairie de Libreville prend le risque de se couper un peu plus de ses administrés. Si la propreté et la décence sont légitimes, l’exigence du « cérémonieux » pour de simples démarches quotidiennes apparaît comme une dérive bureaucratique d’un autre temps.
À l’heure où l’administration devrait chercher à se rapprocher du citoyen, elle semble préférer l’éclat des apparences à la réalité du terrain. Le service public appartient à tous, qu’ils soient en costume trois-pièces ou en simples bougies.




