Mairie de Libreville : Des Agents de l’IGM Accusés de Vol et Écroués, Une Procédure « Expéditive » Remise en Cause
Un véritable séisme secoue la mairie centrale de Libreville suite à l’incarcération de quatre agents de l’Inspection générale municipale (IGM). Accusés de malversations financières présumées, leur détention à la prison centrale, sans passage préalable devant le Conseil de discipline, a mis le feu aux poudres, soulevant des interrogations sur la légalité et la motivation de la procédure.
L’affaire éclate après une saisine de l’Inspecteur général (IGM), Crepin D’assise Owono Bibang, par le Délégué spécial (DS), Adrien Nguema Mba. Les quatre fonctionnaires sont interpellés et déférés devant la justice pour répondre des faits qui leur sont reprochés.
Cependant, cette démarche pénale directe, au lieu d’une sanction administrative interne, fait l’objet de vives critiques au sein de l’Hôtel de ville. Des voix s’élèvent, dénonçant un possible « deux poids deux mesures » et qualifiant l’entourage du Délégué spécial de « repère de voleurs au col blanc ». Pour certains agents, ces arrestations relèveraient d’une « méchanceté gratuite » de la part d’Adrien Nguema Mba.
Le cœur de la polémique réside dans le fait que, pour des griefs de cette nature, beaucoup estiment qu’un Conseil de discipline aurait dû être la première étape avant toute action judiciaire.
Face aux allégations de « procédure illégale ou d’acharnement personnel », l’Inspecteur général Owono Bibang a livré sa version des faits pour tenter d’éclairer la lanterne de l’opinion.
Selon lui, l’enquête a débuté au sein même de son cabinet après la mise à l’écart d’une agente de confiance, soupçonnée d’avoir trahi des informations sur des missions à venir. L’IGM affirme avoir ensuite découvert que cette agente utilisait son influence pour mettre en place un circuit de détournement de fonds lié à l’utilisation des carnets de collecte.
Pour obtenir des preuves irréfutables, l’intéressé, lui-même policier, a alors organisé une opération d’infiltration. Il aurait demandé à la remplaçante de l’agente écartée, tentant de la corrompre, de jouer le rôle d’appât. Ce stratagème a permis de documenter des transactions de 200 000 francs CFA à plusieurs reprises, notamment le retour d’un carnet de 3 millions de francs CFA qui aurait dû être neuf.
Dès les preuves collectées, l’Inspecteur général a immédiatement saisi le Délégué spécial, sollicitant l’ouverture d’une enquête. Pour garantir l’impartialité, il a même fait appel à la gendarmerie pour mener les investigations.
L’IGM insiste sur le fait que la décision d’incarcération n’émane pas de lui. Après la clôture de l’enquête par la gendarmerie et la transmission d’un rapport, il assure avoir proposé des « mesures administratives appropriées ». La décision finale est revenue au Délégué spécial, lequel a finalement opté pour le déferrement judiciaire, estimant que l’aspect pénal primait sur l’administratif, d’autant plus que les faits auraient été reconnus par les aveux des agents dans leurs procès-verbaux.
« J’ai renvoyé le rapport au patron. J’ai dit qu’on prendrait des mesures en fonction de tout ce qu’on a apporté concernant le trafic des supports judiciaires, etc. » A-t-il confié.
Quant à l’agente « appât », l’Inspecteur général est catégorique : elle était un indic et son rôle n’a pas été révélé aux autres suspects, justifiant ainsi qu’elle ne soit pas poursuivie. Il réfute également toute rumeur d’influence de son épouse, magistrate, dans ce dossier.
Pour ce dernier, l’indignation des agents est subjective, et contester la décision revient à vouloir « consigner le vol », car des preuves substantielles ont été réunies et il y a eu constat de flagrant délit.
L’affaire, qui souligne les tensions entre l’IGM et la hiérarchie municipale, laisse néanmoins un goût d’inachevé : les noms des agents incarcérés demeurent inconnus, malgré la décision apparemment définitive du Délégué spécial.




