Libreville, L’Ère des Bouleversements : Quand l’Âme Gabonaise s’Efface dans le Chaos Urbain
Libreville, la capitale gabonaise, n'est plus celle que les anciens ont connue. En l'espace de quelques années seulement, elle a subi une transformation fulgurante, un véritable séisme urbain et culturel qui, sous couvert de « modernité » ou de « développement », masque une lente érosion de l'identité gabonaise. Notre analyse n'est pas d'inciter à la xénophobie, mais l'expression d'une alarme patriotique face à la disparition accélérée de ce faisant jadis le caractère singulier, la dignité et la cohérence de notre vitrine nationale.
Ces dernières années, les changements ne sont plus des évolutions douces, mais des ruptures. Libreville est devenue le théâtre d’une désorganisation galopante. Là où l’ordre, le civisme et une certaine tenue urbaine régnaient, c’est aujourd’hui le désordre qui s’est arrogé l’espace.
Le bouleversement le plus visible se déroule dans la rue. Les trottoirs, pensés pour les piétons, sont désormais des marchés à ciel ouvert, pris d’assaut par des étals improvisés et une économie informelle anarchique. L’espace public est privatisé par le chaos.
Mais le changement le plus frappant et le plus récent est sans doute l’omniprésence des motos-taxis. Elles ont envahi les artères, imposant un nouveau mode de transport dominant, certes pratique, mais synonyme de désordre, d’insécurité routière et de pollution visuelle et sonore. Cette importation massive d’un modèle urbain exogène déstructure non seulement la circulation, mais aussi l’esthétique et le rythme de la vie, lui faisant perdre toute trace de son urbanité initiale. Ce n’est plus la première ville du Gabon que l’on voit, mais une pâle imitation, sans repère ni racine locale.
Le plus consternant dans ces bouleversements, c’est qu’ils se sont opérés dans une totale indifférence, voire une passivité coupable, des autorités.
L’absence de volonté politique ferme est criante :
Aucun plan d’urbanisme n’est réellement respecté.
Les politiques d’ordre public font défaut.La discipline urbaine a été abandonnée.
L’État, devant être le garant de la souveraineté culturelle et de l’ordre, semble se contenter d’être le spectateur muet d’un désordre minant la cohésion sociale et dégrade l’image du pays. Le laxisme s’est transformé en politique de fait, permettant à la désorganisation de remplacer la gouvernance.
L’hospitalité légendaire ne doit jamais signifier l’abdication identitaire ; accueillir implique d’encadrer, de fixer des limites claires et d’exiger le respect de la norme gabonaise.
Si ces mutations ne sont pas corrigées rapidement et fermement, elles deviendront la norme pour la nouvelle génération. Les enfants grandissant dans ce chaos visuel et moral ignoreront tout du Libreville d’hier, celui de la propreté, du civisme et de l’harmonie gabonaise. Ils prendront cette caricature importée pour l’identité réelle de la nation.
À l’heure où le pays s’engage dans une Restauration Institutionnelle et une Refondation Nationale, il est impératif de comprendre que la dignité de nos villes est un pilier de la souveraineté. On ne peut bâtir une nation forte sur des villes sans âme.
Les autorités doivent assumer leur rôle de restauratrices de l’ordre et de l’identité :
Rétablir la discipline dans l’espace public de manière rigoureuse.
Protéger le commerce formel et local contre l’anarchie des trottoirs.
Mener une pédagogie civique implacable pour tous les résidents.
La plus importante commune doit cesser d’être un carrefour d’imitation et de désordre pour redevenir la fierté, la vitrine ordonnée et l’expression authentique. Préserver son identité urbaine, c’est la dernière ligne de défense contre la perte de notre souveraineté culturelle. Car un peuple perdant le visage de sa capitale finit, tôt ou tard, par ne plus se reconnaître lui-même.




