L’embouchure de la lagune Banio à Mayumba a encore bougé
Brice Didier Celce KOUMBA MABERT : Institut de recherche en sciences humaines (IRSH) CNDIO-CENAREST, Libreville, Gabon.

La lagune Banio coule depuis Ndindi, dans une direction Sud-est – Nord-ouest parallèlement à la côte littorale, jusqu’à son embouchure, 70 kilomètres plus loin. C’est au nord de Mayumba qu’elle se jette dans l’océan Atlantique. Cette lagune est isolée par une longue bande de terre qui l’isole donc l’Océan Atlantique. Le système lagunaire est fonction de l’influence dominante de deux facteurs, d’une part, de l’effet de la marée et d’autre part de l’effet des vagues, donc de la houle. Dans le cas de Mayumba la lagune est barrée par une flèche nourrie par la houle. La théorie dit que c’est la marée qui est à la base des systèmes lagunaires, cependant c’est la houle qui est prépondérante.
Les différentes photographies aériennes permettent de constater l’instabilité permanente de la position de l’embouchure. En effet, en 1960 déjà, l’embouchure de la lagune Banio était caractérisée par une seule ouverture (passe ou grau) située au droit du village Vemo. En 1973, on notait la présence de deux débouchés. La deuxième ouverture s’était créée autour du village Mangali.
Cette passe, à ce qu’il semble, serait le débouché majeur ou principal, donc la plus fréquente de la lagune Banio. Il est souvent arrivé que la deuxième ouverture, celle située vers Vemo se ferme ou que le banc de sable qui permet sa présence disparaisse ; dans ce cas, il n’y a plus que la passe majeure qui permet les échanges entre l’océan et la lagune. Cette situation est bien visible sur la photographie aérienne de 1982. La disparition de l’accumulation sableuse après la passe a conduit immédiatement à la mise en place d’une seule et très large passe. On peut également noter que l’extrémité de la flèche en 1982 est beaucoup plus large que les années précédentes. Selon la mosaïque d’images aériennes de 1982, la flèche sableuse connaît un engraissement sur les plages allant de la pointe Matouti à l’embouchure.

En 2000 par contre, on a assisté à une situation selon laquelle le prolongement de la flèche avait entraîné la passe vers le débouché de la rivière Louandou, au-delà de Vemo. Lors de notre passage à Mayumba au mois d’avril 2001, nous avions effectivement trouvé cette situation où l’éloignement de la passe gênait considérablement les activités des pêcheurs. Selon ces derniers, cela faisait environ plus de 5 ans que l’embouchure occupait cette position et elle n’avait jamais été aussi éloignée de la ville. Quelques mois plus tard, la passe réoccupait sa position habituelle, c’est-à-dire autour de Mangali. A notre deuxième passage à Mayumba en août 2001, Monsieur Lebraze, Responsable à la Société d’Exploitation des Parcs à Bois du Gabon à Mayumba (SEPBG) nous avait permis de localiser l’embouchure entre 3°22 et 3°23 sud sur la carte bathymétrique « Baie de Mayumba ». L’évolution de la position de l’embouchure peut entraîner la formation et la croissance des deltas de flot.
Lors de notre dernier passage à Mayumba, en octobre 2023, nous avons constaté que la passe a retrouvé sa position de 1980, c’est-à-dire, logée au droit du village Mangali, mais avec une accumulation sableuse au nord.
Ces différentes évolutions sont le révélateur de la dynamique côtière à Mayumba où l’érosion demeure assez agressive et menace les habitations et les aménagements humains.

Le débat sur le choix de l’implantation d’un port en eau profonde et ses conséquences sur l’environnement reste posé. Un mauvais aménagement risque d’accélérer le phénomène d’érosion et entrainer de grands dommages sur la ville. Nos précédents travaux sur la question ont déjà évoqué cette situation.
