ÉCONOMIE

L’agonie de la SUCAF : Un fleuron industriel gabonais au bord du gouffre

Autrefois symbole de la puissance industrielle du Haut-Ogooué, les Sucreries du Gabon, anciennement Sucaf Gabon, traversent aujourd’hui une crise existentielle menaçant l’équilibre économique de toute une région.

Depuis le départ du groupe français Somdiaa et la reprise de l’entreprise par le groupe MFB pour un franc symbolique, malgré une valorisation réelle estimée à 14 milliards de FCFA, l’outil de production sombre dans une déliquescence manifeste. Cette transition, opérée sous l’influence du sommet de l’État, a plongé les travailleurs dans une précarité sans précédent, marquée par l’effondrement des normes de sécurité et de santé.

Sur le plan technique, la situation est catastrophique car les promesses de modernisation de l’usine sont restées lettre morte. Le site de Ouellé est désormais envahi par la végétation, témoignant d’un manque d’entretien flagrant des infrastructures de base. Ce délaissement se répercute directement sur les performances industrielles : pour la première fois en un demi-siècle, la campagne n’a produit que 8 000 tonnes de sucre, alors que la demande nationale exige au moins 20 000 tonnes pour être satisfaite. Ce déficit de production semble nourrir une stratégie d’importation massive qui condamne à terme la souveraineté sucrière du Gabon et l’existence même du site de production local.

Le fonctionnement quotidien de l’entreprise est devenu un véritable enfer pour le personnel qui travaille désormais au mépris des règles de sécurité les plus élémentaires. Les agents sont contraints d’opérer sans Équipements de Protection Individuelle (EPI), s’exposant ainsi à des accidents de travail majeurs. Parallèlement, le volet sanitaire est en faillite totale puisque le dispensaire de l’entreprise est totalement dépourvu de médicaments.

Les travailleurs sont obligés de débourser la somme de 50 000 FCFA pour toute évacuation médicale vers Franceville ou Moanda, tandis que les examens de santé réglementaires au retour des congés sont devenus impossibles en raison des dettes colossales que la direction accumule auprès des structures hospitalières locales.

Sur le front social, la rupture est totale entre la nouvelle direction et les employés. En deux ans de gestion par le groupe MFB, aucun recrutement n’a été effectué en CDI et le dialogue social a laissé place à une politique de licenciements abusifs pratiquée au mépris des procédures légales. Les acquis sociaux obtenus après cinquante ans de luttes ont été purement et simplement supprimés, tandis que les agents en contrat à durée déterminée sont systématiquement basculés vers une sous-traitance précaire dont les factures restent souvent impayées.

L’impact de cette gestion défaillante dépasse largement les murs de l’usine et s’apparente à un véritable drame humain. Avec 283 emplois directs et 800 emplois indirects en péril, ce sont plus de 10 000 personnes dépendantes directement de la survie de la SUCAF pour subvenir à leurs besoins. Le démantèlement progressif de ce site industriel ne représente pas seulement une perte économique pour le pays, mais un sacrifice délibéré de milliers de familles gabonaises dont la vie est intrinsèquement liée à la pérennité de cette industrie historique.

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