Affaire Abdul Océni : La Rumeur de Libération Démentie, un Cas d’École des Dangers de l’Infodémie Judiciaire
Depuis quelques jours, une rumeur tenace s’est propagée comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux, annonçant la libération discrète d’Abdul Océni, frère de Mohamed Ali Saliou, de la prison centrale de Libreville. Cette « information », purement spéculative, s’est appuyée sur une publication Facebook pour le moins singulière, datée du 1er septembre 2025, provenant du Lycée international français Pierre Manoel Talon, au Bénin. Laquelle aurait dû aiguiser l’esprit critique des internautes. Pourtant, ils s’y sont laissés prendre, « reconnaissant » le détenu parmi les élèves de l’établissement.
Face à cette vague d’intoxication, la réalité opposée par les autorités en charge du dossier est claire et inébranlable : Abdul Océni et son frère demeurent bel et bien incarcérés à la prison centrale de Libreville. Aucune mesure de libération n’a été prise en leur faveur, et les allégations diffusées sur la toile sont catégoriquement démenties.
Ce cas est loin d’être anodin. Mohamed Ali Saliou et Abdul Océni ont été placés sous mandat de dépôt le 19 septembre 2023. Les chefs d’inculpation sont d’une extrême gravité : présumés détournements massifs de deniers publics, malversations financières en bande organisée, ainsi que plusieurs autres infractions relevant de la criminalité économique et financière. Leur dossier, parmi les plus sensibles actuellement instruits par les juridictions spécialisées, attend une session criminelle prévue en novembre prochain. En attendant, le régime de la détention préventive s’applique, conformément à la loi.
Les autorités judiciaires ont d’ailleurs souligné que la photographie incriminée sur Facebook ne correspond en rien à Abdul Océni. Elles dénoncent une confusion délibérée, voire une manipulation grossière, dont l’unique objectif semble être d’induire l’opinion publique en erreur et de jeter le discrédit sur l’impartialité de la justice.
Au-delà du destin particulier des frères Océni, cette affaire met en lumière les périls d’une « infodémie judiciaire » galopante. La diffusion de rumeurs, d’informations tronquées ou purement inventées concernant des procédures judiciaires, présente des conséquences désastreuses :
Fragilisation des Procédures : Les rumeurs peuvent tenter d’exercer une pression indue sur le cours de la justice, d’influencer l’opinion avant même le verdict, et potentiellement de compromettre la sérénité nécessaire à l’instruction et au jugement des affaires.
Érosion de la Confiance Publique : Quand la vérité judiciaire, lente et méthodique, est concurrencée par le sensationnalisme et la rapidité des réseaux sociaux, la confiance du public envers les institutions de l’État de droit, notamment la justice, s’en trouve gravement altérée.
Alimentation de Soupçons Infondés : En propageant des informations fausses, on tisse un terreau fertile pour les théories du complot, les doutes systémiques et les jugements hâtifs. Cela dénigre le travail des enquêteurs et des magistrats, même lorsque ce dernier est rigoureux et professionnel.
Désinformation et Manipulation : Les affaires judiciaires de grande envergure sont souvent la cible de tentatives de désinformation, visant à servir des agendas cachés ou à instrumentaliser le sentiment public. Le cas d’Abdul Océni est un exemple flagrant de l’amateurisme ou de la malveillance à l’œuvre.
Si la soif d’information est légitime, elle ne doit jamais l’emporter sur l’exigence de vérification et de responsabilité. Cette affaire est un rappel cinglant à la prudence face aux rumeurs. La justice, pour être rendue équitablement, a besoin d’un climat serein, débarrassé de l’agitation des réseaux sociaux et des narratifs fallacieux. Les citoyens ont la responsabilité collective de ne pas relayer des informations non vérifiées et de s’en tenir aux faits confirmés par les voies officielles, seuls garants de la véracité et du respect des procédures légales.

En attendant novembre, les frères Océni restent sous mandat de dépôt, et la justice suit son cours.




