Justice : Arsène Édouard Nkoghé Nzé, adjoint au maire de Libreville à sans famille ?
Ce rendez-vous judiciaire s’annonce électrique. Le jeudi 19 février 2026, les regards seront tournés vers le Tribunal de première instance de Libreville. Arsène Édouard Nkoghé Nzé, deuxième adjoint au maire de la commune de Libreville, s’y présentera non pas pour une cérémonie protocolaire, mais pour répondre de faits graves devant la chambre correctionnelle. Au cœur de l’interrogation publique : l’élu local pourrait-il quitter l’audience pour rejoindre la prison centrale, plus connue sous le nom de « Gros Bouquet » ?
Les faits reprochés remontent aux tensions post-électorales du 27 septembre dernier. Dans le 5e arrondissement, une vidéo devenue virale avait choqué l’opinion : on y voyait Elie Nazaire Obiang Bekalé, magistrat hors hiérarchie et président de la commission électorale locale, pris à partie, insulté et bousculé. Accusé par la foule de manipuler les procès-verbaux, le magistrat a subi ce que sa famille qualifie d’« humiliation publique ».
La justice a été saisie par une procédure de citation directe, une méthode rapide qui court-circuite l’instruction pour placer directement les prévenus devant leurs juges.Ce dernier ne comparaît pas seul. Dix co-prévenus, dont Franck Engone Mendome et Mireille Bouanga, sont également dans le box. Les chefs d’accusation sont multiples et particulièrement sévères au regard du Code pénal gabonais :
Outrage à magistrat (Article 157) ;
Injures publiques (Article 161) ;
Violences et voies de fait (Articles 286 et 230).
L’outrage à un magistrat dans l’exercice de ses fonctions est une ligne rouge au Gabon. Le législateur a prévu des peines de prison ferme pour protéger l’autorité judiciaire, garante de l’équilibre institutionnel. Pour un élu de la trempe de Nkoghé Nzé, le risque est double : au-delà de la privation de liberté, une condamnation pourrait entraîner une inéligibilité ou la déchéance de son mandat électif.
Ce procès dépasse le simple conflit entre deux hommes. Il s’agit d’un test pour la protection pénale due aux agents de l’État. En s’attaquant physiquement et verbalement à un magistrat, les prévenus ont, selon l’accusation, bafoué la dignité de l’institution judiciaire elle-même.
Le Tribunal devra déterminer si la ferveur politique du moment peut constituer une circonstance atténuante ou si, au contraire, le statut de leader politique d’Arsène Édouard Nkoghé Nzé aggrave sa responsabilité dans le déclenchement de l’agression.
Cette audience est sans aucun doute déterminante. Entre la défense plaidant sans doute la passion politique et un ministère public soucieux de faire respecter l’ordre républicain, la marge de manœuvre de l’adjoint au maire semble étroite. La question reste entière : le verdict marquera-t-il un retour à l’Hôtel de Ville ou un détour par la case prison ?




