Fait divers / Intrusion au Palais de Justice de Port-Gentil : Un « casse » trop parfait pour être honnête ?
Le temple de Thémis à Port-Gentil a perdu de sa superbe au cours du week-end du 21 au 22 mars 2026. Plus qu’un simple fait divers, le cambriolage du Palais de justice soulève des questions particulièrement embarrassantes. Si le ministre de la Justice, Augustin Emane, s’est précipité sur les lieux, c’est que l’affaire dépasse largement le cadre d’un vol de numéraire ordinaire. Entre un professionnalisme suspect et des failles de sécurité béantes, les zones d'ombre s'accumulent autour de cet incident.

L’élément le plus insolite du dossier réside sans doute dans ce que les enquêteurs ont appelé le mystère de la tontine. Au total, 1,3 million de francs CFA ont été dérobés dans le bureau d’une agente, identifiée comme une « mère de tontine ». Cette situation pose une question de fond : pour quelle raison une telle somme d’argent liquide dormait-elle dans l’enceinte d’un tribunal, lieu censé être sanctuarisé par la loi ? On peut légitimement se demander si cet argent représentait le véritable appât ou s’il n’a été qu’une opportunité saisie par des malfaiteurs venus chercher tout autre chose dans la salle des pièces à conviction.
Le mode opératoire témoigne d’une discrétion presque chirurgicale. Les cambrioleurs n’étaient manifestement pas des amateurs de passage. Pour opérer en toute quiétude, ils ont méthodiquement coupé l’électricité, rendant les caméras de surveillance aussi inutiles que de simples objets de décoration. Plus troublant encore, aucune trace d’effraction n’a été constatée sur la porte principale du bâtiment. Pourtant, sept portes intérieures, dont celle du greffe commercial, ont été littéralement défoncées. Cette facilité d’accès suggère soit une connaissance parfaite des lieux, soit la possession de doubles des clés, orientant inévitablement les soupçons vers une complicité interne.

Le facteur humain et le timing de cette intrusion interpellent également. L’histoire retiendra que le tribunal de Port-Gentil était resté inviolé depuis les troubles politiques de 1996, jusqu’à ce qu’un changement de garde intervienne il y a seulement deux mois. Le remplacement d’un vigile expérimenté par un unique agent civil gabonais pose question sur la stratégie de surveillance des sites sensibles. Le ministre a d’ailleurs martelé qu’il n’est pas normal que la sécurité d’une telle institution soit confiée à une seule personne civile. Le gardien en poste, qui affirme n’avoir rien remarqué d’anormal malgré sa présence, est désormais entre les mains de la Direction Générale des Recherches (DGR).
Cet incident remet enfin sur le tapis le problème chronique du désert sécuritaire entre Libreville et l’intérieur du pays. Il semblerait que le Palais de justice ait sollicité à plusieurs reprises des renforts auprès de la prison centrale, sans jamais obtenir gain de cause en raison d’un déficit de ressources humaines. Ce déséquilibre, causé par la préférence de nombreux fonctionnaires pour la capitale, laisse les infrastructures provinciales vulnérables.
Désormais, la protection du site est reprise en main par la sécurité pénitentiaire, mais le mal est fait. Au-delà des billets disparus, l’intégrité des procédures judiciaires est en jeu. La brigade de recherches va devoir déterminé si ce vol n’était qu’un écran de fumée destiné à masquer un sabotage judiciaire ou la consultation de dossiers compromettants durant cette nuit de black-out suspecte.




