SOCIÉTÉ

10 Milliards de FCFA Évaporés : L’Affaire Ogowé Siffon, le Scandale qui Ébranle les Fondations de l’Administration Gabonaise

L’affaire impliquant Pascal Ogowé Siffon, l’ancien ministre gabonais du Tourisme, fait couler beaucoup d’encre et révèle, au-delà des accusations individuelles, l’ampleur des dysfonctionnements systémiques au sein de l’administration gabonaise. Récemment interpellé et assigné à résidence, le ministre est soupçonné d’avoir distrait près de 10 milliards de francs CFA destinés à la relance du secteur touristique. L’opinion publique s’interroge, sera-t-il blanchi de cette sordide affaire ?

L’enquête, lancée par les autorités judiciaires, porte sur la disparition de fonds publics alloués à des projets de développement touristique, notamment des montants liés à la construction de lodges, aux contributions RSE et aux dividendes d’hôtels d’État (Okoumé Palace, Onomo).

Les dernières informations (datant du 1er décembre 2025) confirment que Pascal Ogowé Siffon a été placé en résidence surveillée après avoir été interpellé, notamment sur la Route Nationale 1. Ce fait a soulevé des interprétations diverses, certains y voyant une tentative de fuite avant l’ouverture officielle des enquêtes.

La somme en jeu, avoisinant les 10 milliards de FCFA, est considérable et le constat, selon des sources administratives, est brutal : l’argent décaissé ne semble pas correspondre à des réalisations concrètes (pas d’acquisitions stratégiques, pas de construction d’infrastructures touristiques majeures). À ce jour, aucune décision judiciaire définitive n’a été rendue.

L’affaire demeure au stade de l’enquête, et la question de savoir si ce dernier va être « blanchi » reste entière, l’opinion publique attendant avec intérêt les prochains développements.Comme le procès récent de la « Young Team » (acolytes de Sylvia Bongo Ondimba et Noureddin Bongo Valentin) avait mis en lumière les circuits opaques d’un pouvoir familial, l’affaire Ogowé Siffon vient rappeler que le problème va bien au-delà des fautes individuelles.

Elle pointe des faiblesses institutionnelles et des pratiques bien ancrées : L’argent public semble avoir circulé comme un bien privé, remettant en cause l’existence ou l’efficacité des mécanismes de suivi budgétaire et la traçabilité des dépenses. Des recettes et des dépenses ne sont pas consignées dans la loi de finances, des administrations fonctionnent en marge du budget, et des ministres engagent des dépenses sans consulter les services compétents. Cette opacité de la gestion remet en cause implicitement le rôle du juge financier et des organes de contrôle.

Des questions subsistent quant à la responsabilité du Directeur central des affaires administratives et financières (DCAF) du ministère : A-t-il un droit de regard sur l’exécution budgétaire et, si oui, quelle est sa responsabilité ? Poser ces questions, c’est refuser de se contenter d’un bouc-émissaire et tenter de comprendre le fait générateur et la responsabilité systémique soulevée lors du procès de la Young Team. Ce scandale, survenant après le coup d’État du 30 août 2023 et les promesses de « restauration des institutions », met en évidence l’ampleur du chantier à mener pour rétablir la transparence et la rigueur dans la gestion des finances publiques.

L’affaire dévoile les failles, faiblesses et incohérences d’un système et interroge l’ampleur des changements initiés depuis la transition. Pour sortir de cette « spirale », les défis sont doubles et engagent l’environnement institutionnel. D’une part, il faut actionner le levier politique et moral pour mettre fin au mélange des genres et au recyclage d’un personnel souvent impliqué. D’autre part, il est impératif de jouer sur le ressort juridique et institutionnel en imposant le respect des procédures, de la planification budgétaire et en renforçant les institutions de contrôle.

Si ces ambiguïtés perdurent, si les procédures demeurent des suggestions et si la planification continue d’être considérée comme un simple exercice de style, la République restera soumise aux caprices de quelques-uns. L’image du Gabon à l’international est une nouvelle fois écornée, le pays étant présenté à la face du monde comme livré à l’improvisation et au scandale permanent.

Cette affaire est un rappel simple et cruel : un pays ne peut prétendre à la transparence si l’argent public y circule comme un bien privé.

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